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Correspondances autrichiennes

 
Autriche / Roderich E.
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MessageSujet: Correspondances autrichiennes Ven 28 Sep - 2:48

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Autriche / Roderich E.
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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Dim 13 Jan - 19:37

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Autriche / Roderich E.
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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Ven 5 Avr - 1:34

Chère Mère,

Je ne vais rien vous envoyer bien sûr. On est encore en froid depuis oh…plusieurs mois déjà. Enfin, de mon côté. Et vous essayez de me faire culpabiliser pour que j’adhère de nouveau à votre point de vue.

Si je cède ça ne sera pas à cause de vous, ce sera à cause de moi.

C’est étrange ces choses. Un instant on se croit suffisamment à l’aise dans ses rapports avec les autres, même au point de rire plus souvent, sourire, baisser sa garde…et l’instant d’après les problèmes surviennent. Un problème entraîne un autre, puis un autre et…j’en suis là à vous écrire une fausse lettre. Si ça continue je vais commencer par écrire vos réponses aussi.

C’est ridicule quand je songe à l’écrire.

Antonio m’a embrassé.

…C’est encore ridicule après que je l’ai écrit. Et pourtant familier comme si j’avais déjà écrit cela par le passé. Peut-être un prénom différent, un visage…des lèvres différentes. Scheisse c’est complètement stupide. Je devrais être complètement choqué à l’idée d’être embrassé par non seulement un garçon mais par un ami. Un ami que, juste des instants auparavant, je consolais car il se sentait « confus » en amour. Je me sens si stupide et naïf.

Je lui ai dit que je ne l’étais pas, moi. En le repoussant, le rejetant, je n’étais toujours pas confus, non, je le sais…je le sais. C’était autre chose. C’était…comme…des images, des sensations à toute vitesse. Des cartes, des alliances, des champs des batailles, des soldats…un sentiment de…puissance, quelque chose de grisant…quelque chose au-delà de moi. La vision d’une alliance sur ma main qui, j’en suis certain, ne risque pas d’en porter de sitôt.
(C’est étrange non ? L’idée de me marier me fait peur. Le mot me fait fuir, moi dont la nation que je représente est devenue forte grâce à cela).

Je sais très bien ce que c’est. Cette alliance entre nos deux pays il y a des siècles. L’empire Habsbourg.

(Mais peut-être que ceci explique cela. Tous ces mariages ont fini en divorces.)

L’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais.

(Il s’est couché éventuellement, quelle surprise. Mais je pense que je me suis « consolé » avec une alliance Bourbon par la suite alors mon côté de l’empire n’a pas trop souffert…pendant un temps. Danke, France.)

(Il a du y avoir pas mal de coucheries en fait.)

(C’est presque risible que je n’arrive pas à me gêner face à cette éventualité, moi qui m’offusque au moindre contact inapproprié.)

C’est probablement la seule et unique raison pour laquelle il se croit confus, pour laquelle il m’a embrassé.

(Même si il a aussi embrassé Pays-Bas. Peut-être qu’il…avait juste envie d’expérimenter sur moi d’abord. Je n’en sais rien. J’ai du mal à lui en vouloir. Même si je devrais…)

C’est plus simple ainsi. Et plus compliqué à la fois…bien plus compliqué.




[...]




Nos souvenirs sont…étranges. On n’en parle pas beaucoup en réalité, entre nous. Est-ce un peu…tabou ? Peut-être parce qu’ils ravivent des souvenirs plus douloureux que désagréables. Je n’ai jamais osé demander à Elizaveta l’étendue des souvenirs qu’elle a récupéré à propos de nos deux pays. La séparation, le divorce de nos deux empires et la douleur que cela a engendré oui, on l’a partagée. Mais comment est-ce que je peux savoir de quoi mon « moi » historique avait l’air à ses yeux ? Ce qui semblera bon de mon côté sera peut-être mauvais du sien. « Pour la protéger », « pour son bien », « parce que je l’aime… »
Mais et si…
Et si en réalité je ne fais que l’emprisonner sans m’en rendre compte ? A chaque fois que je fais quelque chose j’ai l’impression qu’elle se sent…humiliée quelque part, comme si je la pensais trop faible, trop fragile. Je ne sais pas…je ne sais plus. Elle est rentrée si frêle et pâle de l’hôpital après avoir eu tant de problèmes…je ne voulais pas qu’elle soit confrontée à ça….si je lui dis ça elle va se vexer bien sûr, encore…Trop têtue, bien trop têtue pour son propre bien ! Ca m’énerve !

Et non, il a fallu que ça arrive, elle a tout de suite entendu à propos d’Espagne et elle…est partie en courant. Comme ça, sans se mettre en colère, sans demander d’explications, sans…rien. Est-ce qu’elle est aussi jalouse que moi… ? Est-ce que c’est davantage que cela… ? Je ne sais pas. Je…ne voulais pas qu’elle se sente comme ça. Je veux lui expliquer mais je ne la trouve pas…et…

et…je ne sais pas quoi faire. Je sens que je pourrais soit me confondre en excuses (pour un baiser que je n’ai fait que recevoir)
(Même si ce n’est pas si simple non, même quand on ne fait que « recevoir »)
…ou me mettre en colère pour son manque de confiance. L’un blesserait mon amour-propre mais l’autre la blesserait encore davantage.

[…]


J’étais…tellement tendu, tellement en colère. Contre Antonio pour avoir cru qu’il m’aimait, pour avoir pleuré comme ça quand il s’est rendu compte de ce qu’il avait fait, contre Pays-Bas qui a eu la stupidité de dire cela devant elle…contre moi…(contre Elizaveta pour y avoir cru si facilement ? Même…si c’est vrai.) Et ensuite, comme si ce n’était pas suffisant, il y avait Vash. J’étais sur le point de frapper quelqu’un pour…je sais plus…je ne sais même plus j’avais juste envie de frapper quelque chose, quelqu’un, et il m’en a empêché…et j’ai dit des choses…j’ai en gros détruit l’amitié qu’on avait réussi à reconstruire il y a peu. Comme ça.
Je suis doué, tiens.

J’ai essayé…essayé de lui parler encore à cet idiot.

(enfin après que Prusse m’ait cassé les pieds. Qu’est-ce qu’il a cet idiot ? C’est pas suffisant qu’il cogne sur Pays-Bas pour venger Elizaveta il faut aussi qu’il se mêle de mes affaires ? Juste pour m’humilier et montrer qu’il a raisons sans doute. Juste pour essayer de faire comme s’il se souciait alors qu’il se tape de tout sauf de son égo. Je le déteste. Rien de ce qu’il a dit était particulièrement faux. Je le déteste encore plus pour ça…

Non en fait il essayait sans doute pour qu’Elizaveta ne soit pas trop malheureuse. Oui. Ce serait logique…

…Il peut pas juste être un idiot et me faciliter les choses ?)
…Donc j’ai essayé. Je lui ai couru après. Et…et apparemment il ne faudra pas que je me plaigne si je n’ai plus personne chez qui venir pleurer après avoir éloigné tout le monde de moi avec mon arrogance. J’ai…essayé de lui dire. Que je voulais juste…juste…je ne sais pas. Être là…savoir qu’il était là…

…et à la place j’ai fat comme si je n’avais besoin de personne. Surtout pas de lui.
…C’est vrai, j’en ai pas besoin. Et même si j’en ai besoin, je ne peux pas l’avouer. J’aurais l’air…encore plus faible que je n’ai l’air maintenant.

Je veux juste…lui parler, parler à Elizaveta, dire pardon…dire à Antonio que c’est pas grave, que ça lui passera bientôt, c’est juste un mariage…c’est politique.

…que ça ne voulait…non que ça ne veut rien…dire. Que cette relation était purement intéressée depuis le départ il y a des siècles. Non, ce n’était pas de l’amour, peut-être du désir mais seulement celui d’être plus fort avec quelqu’un à ses côté, de se battre, de manigancer, conquérir, calculer, posséder…posséder encore et encore sans jamais penser au moment quand on devrait éventuellement être seul de nouveau quand l’équilibre du pouvoir aura changé.

Cette ambition je la sens encore, pernicieuse, se manifestant en vagues allant-venant. Nos souvenirs sont étranges oui. IL y a ceux que l’Académie provoquent qui nous viennent d’un coup sans que l’on comprenne et puis il y a ceux qui reviennent tout doucement et créent peu à peu ce flou, ces souvenirs qui rôdent et qui nous influencent alors qu’on est encore conscient du présent, comme un rêve à moitié éveillé. Se mêlant de tout et de rien. Et maintenant…maintenant sous la colère et la tension, cela revient encore. Encore. Ca ne veut pas me lâcher. Cela me nargue doucement. Change, accepte tout cela.

Et je ne sais plus quoi faire ou penser. Je veux être comme l’autre Roderich, celui de mes souvenirs, celui qui est froid et égocentrique et en a rien à foutre des autres. Ou du moins aime paraître ainsi. Celui qui ne sourit que par diplomatie et qui ne se sent pas coupable. Celui qui a envie de construire des liens, celui qui veut protéger des gens auprès de lui…pour leur propre bien, parce qu’il veut e faire…pas seulement parce qu’il veut les garder auprès de lui comme un trophée arrogant. Je ne sais pas si l’autre est…bon ou mauvais. Je sens qu’il n’est ni l’un ni l’autre mais que les combats et les coups bas lui ont simplement appris à mettre une armure entre lui et le monde et de ne laisser que certaines personnes voir au-delà. C’est un peu…mécanique. Mais on n’est pas humains de toute manière.

On ne peut pas être « humains ».

Comment est-ce qu’on pourrait emmagasiner tout cela ? Pas humains non. Non, pas dans l’aspect d’une machine ou d’un être sans sentiments. C’est justement leur excès et leurs contradictions qui me perturbent. Comme si je n’étais qu’un amas de souvenirs disparates enrubannés et emprisonnés en un seul esprit qui ne sait comment les gérer, comment les aider à cohabiter. Mais peut-être que c’est tout ce que sommes censés être après tout. Cet environnement de l’Académie nous enseigne l’art d’être une nation, certes, mais il nous tend aussi la perche, nous nargue avec une impression d’humanité fausse, illusoire. Comme une bombe à retardement dont le temps s’écoule lentement jusqu’au moment où on cessera d’être des étudiants, où l’on sera des nations à part entière. Et à ce moment là, on se rendra compte que c’est à peu près impossible. Comment pourra-t-on établir des relations avec des humains qui vieilliront et mourront bien trop longtemps avant nous ? Pensons-nous vraiment établir des relations entre nous, avec tous les problèmes que cela impliquera pour le présent et le futur ?



[…]




Peut-être que ce n’est qu’un immense mensonge.
Je ne sais pas. Je suis sans doute pessimiste. L’heure et l’atmosphère du moment s’y prête fort bien. Ou peut-être c’est parce que de temps en temps…parfois…de plus en plus souvent…je n’arrive plus à faire la distinction entre Roderich et…Autriche. Ou plutôt je sais, je sens que l’un n’est pas d’accord avec l’autre. Ou que le premier se fera lentement envahir par le second. Je n’arrive pas à distinguer…je n’ai plus ENVIE de distinguer quelle actions sont influencées par mon histoire et celles qui ne le sont plus. Est-ce que j’aime Elizaveta à cause de mon Histoire, de NOTRE histoire…ou parce que…parce que je l’aime tout court ? Sans contrat historiques, sans devoirs de mémoire ?

…Je ne sais pas. Toute cette tension accumulée depuis quelque temps…ces jalousies mutuelles…cette possessivité…

Est-ce que c’est celle de plusieurs siècles ?

Ça n’a plus aucun sens ce que j’écris…il est tard. J’étais censé m’entraîner au piano mais je ne peux pas. En ce moment je veux jouer mais mes mains ne sont pas coordonnées car mon esprit ne l’est pas.

Tout se dissout lentement et j’essaye de recoller les morceaux au fur et à mesure.
Je veux juste…penser à autre chose, oublier ces pensées qui empoisonnent mes actes et paroles et les empirent.
Empire.

















































Putain d’empire.


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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Dim 21 Avr - 14:45




J’ai un peu…noyé mes problèmes l’autre soir. C’est complètement idiot mais j’ai eu de la chance d’être entouré de personnes relativement raisonnables. (C’est bizarre de dire cela. C’est normalement moi, la personne raisonnable, qui sermonne et qui boit deux bières avec la ferme intention de demeurer aussi sobre que possible.
Je me souviens avoir refusé une valse. D’en avoir acceptée une autre. D’une bagarre. D’un taxi. D’un néerlandais qui me portait et un écossais qui me mettait au lit et un danois qui me consolait.

C’est…étrange. Les gens que je traite d’idiots d’habitude sont les plus intelligents et généreux dans cette situation.

C’est le monde à l’envers.

Tout est à l’envers en ce moment.

Je m’en doutais déjà un peu. Que Gil Prusse aimait Elizaveta.

C’était un peu difficile d’ignorer ce fait quand la moitié de l’école semblait supposer que c’était un fait établi et même qu’Elizaveta était amoureuse en retour. Elle était contrariée, oui, en apprenant ça. Contrariée, pas furieuse. Des mots ont glissé, intentionnellement ou non.

« On s’est rapprochés. » « Relation particulière. »

« Lui et moi… »

Mon intelligence a ses limites dans cette situation.
Ma jalousie par contre…n’en a pas.

Alors je n’ai rien trouvé de mieux que de la laisser comme ça sans crier gare et ah oui, de frapper Prusse qui passait par là, au passage. Puis de partir en voyage improvisé avec Danemark.

Mathias est étonnamment lucide face à ce genre de choses…je pense qu’il comprend, vu ses problèmes avec Lysander (enfin là tout est résolu. Je crois. J’espère bien !)
Il a dit que je ne me rendais peu être pas compte…à quel point c’était dur de rejeter les affections d’un ami, s’il s’était déclaré. Plus qu’un ami.

Un…meilleur ami. Ami d’enfance.

Et je suppose que c’est vrai. Et je m’en voulais pour ne pas le comprendre, surtout après une situation dans laquelle j’ai dû rejeter Antonio. Même si il ne semble pas avoir souffert énormément de cela, Dieu soit loué.

(Je pense qu’il était inquiet l’autre soir. C’était assez touchant…si on pouvait redevenir amis comme avant.)

Et puis j’ai appelé Elizaveta…et elle semblait inquiète et voulait me revoir…alors je suis revenu plus tôt que prévu et…on a…parlé. Elle a dit qu’elle savait que gi Prusse l’aimait…
Ce n’était pas une grande surprise. Non, ça c’était surtout ce qui a suivi…

« Je ne peux plus le voir comme un simple ami… »

Comment…expliquer cette sensation ? Comme si le sol s’ouvrait sous moi, comme si quelque chose de fort, de froid essayait d’écraser et comprimer ma poitrine, l’impression que tout se délie peu à peu…et je pouvais seulement sourire, être calme, comme si cela aiderait, comme si…je pouvais demeurer celui qui est digne, et responsable et…calme et…

J’ai essayé, vraiment.

Je me forçais…à essayer de dire qu’elle ne devait pas se sentir obligée de reste avec moi, par loyauté, par obligation dictée par notre histoire, par sa culpabilité, par les deux…

Qu’elle ne devait pas se forcer, « par sa volonté » comme elle disait de ne plus ressentir ce qu’elle ressent parce que…parce que savoir qu’elle le nie tout en restant avec moi n’améliorerait pas la situation pour l’un ou pour l’autre.

Que je serais toujours là, d’une manière ou d’une autre.

Oui quelle que soit la nature de notre….notre relation je la protègerais même si tout le monde imagine que cette notion stupide que je me suis construite n’est qu’un bel artifice, que tout le monde est plus fort, plus endurant que moi…(et qui peut les blâmer ?)

(Mais ce sont ces relations qui me rendent fort parce qu’au long de mon histoire, cela a toujours été ainsi. En bien ou en mal, en affection ou en manipulation.)

Et Elizaveta…S’accrochant à moi, disant qu’elle voulait rester avec moi, qu’elle aimait…
Mais ce n’est plus tout à fait que elle et moi, maintenant, je le sais…qu’il y a la silhouette de l’autre, du prussien, qui demeure.

Elle dit que ce n’est pas comparable. J’en rirais presque. Non, non on n’est pas…comparables. Mais ce qu’on ne peut définir est quelque chose qu’on ne peut contrôler.
Et quelle que soit la nature de ce qu’elle ressent, je sais qu’elle ne peut le définir précisément.
Je lui ai finalement dit de…choisir. Entre nous deux.

Ca a été difficile de sortir ça. Comme si j’essayais de me préparer à une rupture que je redoute. Comme si j’essayais de détruire quelque chose auquel je tenais énormément.
(Parce que je ne veux pas la quitter je ne veux pas me sentir obligé de la quitter je me sens perdu sans elle…perdu…)

Et elle a…refusé. Obstinément. De choisir.

Et je ne sais pas quoi faire, quoi penser…D’un côté elle m’aime encore, veut encore être avec moi et l’unique certitude en cela me rassure, libère cette sensation étouffante, oppressante…mais de l’autre… ? Cela veut dire que lui aussi est un choix certain.

Mathias me dit de me battre pour la garder ou la récupérer, d’être fort et de m’imposer face à Prusse. Je comprends le sentiment, vraiment. Je…veux me battre. Mais…

Mais ce qu’il ne sait pas, ce que je n’avoue pas, à personne…c’est que…toute mon Histoire a été parsemée de cela. « Gagner » Hongrie. Nos Histoires ont commencé à s’entrelacer tôt, quand c’était elle qui avait le dessus. Puis, je suis devenu plus fort. Et à chaque fois, j’ai réussi à la récupérer. Que ce soit de Turquie ou de qui que ce soit d’autre. Elle était intégrée à l’empire que je dirigeais et c’est son armée qui m’a soutenue quand j’ai commencé à m’affaiblir (quand cet opportuniste de Prusse en a profité.)

Puis, on s’est mariés. Et séparés…

Mais ce n’était jamais…romantique. Enfin si. Peut-être tout à la fin. C’est…flou. Et pas de son côté du moins pendant une bonne partie du temps. Comment est-ce que cela pourrait l’être ? Mon pays n’a pas été tendre envers le sien à travers les siècles. Je ne peux pas l’édulcorer.
J’ai toujours été, de toute manière, le pays conquérant plutôt que le pays conquis.
(Mis à part une fois. Peut-être. Mais je l’ai bloqué de mon esprit. Comme l’a fait le restant de ma nation.)

Au niveau de l’histoire c’est peut-être la séparation de l’Empire Austro-Hongrois qui a fait le plus mal. Au seul moment où on avait réussi à créer une relation forte, égale, on devait se séparer déjà.

Mais c’est différent.

« Gagner » quelqu’un, se battre contre quelqu’un d’autre pour l’obtenir et prendre le dessus, comme si c’était un prix, un trophée…ce n’est pas ce que je veux faire, même si tout en mon Histoire le dicterait…elle est bien plus que cela. Elle mérite plus que cela. C’est à elle de choisir, pas à l’un ou l’autre de l’emporter…non ?

Je ne veux pas être le tyran de l’histoire…même si cela ferait probablement moins mal à ma conscience de me perdre dans ce rôle. Dieu sait que j’ai essayé. Et j’ai presque réussi à me convaincre.

Mais on est plus, beaucoup plus que notre Histoire. Peut-être que c’est seulement maintenant que tout a été mis au clair que je peux également mettre ces doutes de côté, arrêter de penser que mes relations ne se résument qu’à mon Histoire, malgré les réactions qu’elles provoquent.

Je sais maintenant qu’il s’agit de l’histoire de Roderich et Elizaveta.

Pas de l’Histoire de l’Autriche et de la Hongrie.

Ce qui rend l’incertitude, la confusion, le risque de séparation, l’attente insoutenable qu’une décision survienne…encore plus puissante.

Je ne veux pas qu’elle me quitte…non, je ne le veux pas !

Elle dit qu’elle ne veut pas non plus. A baisers donnés, redonnés, comme un duel, comme un défi, de celui qui aime le plus, celui qui est le plus prêt à sacrifier l’autre et…ah, c’est…c’est frustrant, c’est confus, je ne sais plus où j’en suis. Je suis…fatigué. Comme si mes forces me quittaient un peu. Je ne veux pas y penser. Je dois rester fort ! Souriant. Noble et digne. Quoiqu’il arrive. Pour moi et mon amour-propre. Pour elle, pour qu’elle ne soit pas envahie de culpabilité si jamais elle doit prendre une décision qui l’éloigne de moi !

Je ne sais même plus comment agir envers Prusse…depuis que je l’ai frappé ce soir là après avoir appris avec une simple rumeur, avant que quoique ce soit confirmé…parce qu’Elizaveta avait dit qu’elle avait une « relation particulière » avec lui…j’avais vu rouge, et il avait pourtant bien compris pourquoi…Je l’ai vu dans son regard, j’en suis certain !

Je le déteste !
En même temps…
Non. Je le déteste quand même.
Non… ?

Si il était simplement, stupidement attiré par elle, si c’était passager…je pourrais simplement le détester…maintenant que je sais qu’il l’aime…je peux seulement l’ignorer avec un sentiment de…de…je ne sais pas, pas de pitié en tout cas…même cet imbécile ne mérite pas ça. Personne que je respecte un tant soi peu malgré leur conneries mérite cela.

Peut-être de compassion… ? Non ! Mais on est rivaux…c’est stupide. (j’ai toujours pensé qu’on l’était…mas je ne pensais jamais que cela en viendrait à une telle…situation. Peut-être que je suis le seul en penser cela. Ce n’est pas comme si j’allais lui demander maintenant qu’on s’ignore mutuellement.) Il a toujours été si proche d’elle…il a toujours été…bien plus similaire à elle, dans sa franchise, dans son attitude…Oui, peut-être qu’au fond j’ai toujours considéré son ami d’enfance comme quelqu’un vers qui elle pourrait se tourner. Vers qui elle pourra potentiellement se tourner et me laisser…je…

Pitié. Je ne veux plus tout ça !

Ca m’étouffe…

Elle semblait mieux après avoir tout avoué. Mais je ne sais pas quoi faire…à part essayer d’oublier cela un instant.
Je sais seulement que je ne veux plus qu’elle pleure. Je ne veux plus qu’elle craque, à bout de nerfs, à bout de souffle, comme elle l’a fait…comme si elle avait retenu ses larmes depuis plusieurs jours (semaines ?) face à cette situation frustrante. Pendant que moi, j’étais en train de fuir. En train d’évader les problèmes.

Je l’ai rarement vue pleurer autant…

Gott…

Je l'aime...

Je ferais tout pour qu’elle ne pleure plus…pour qu’elle soit heureuse…pour que l’histoire se termine bien…Même si mon nom n’y figurera peut-être plus. Même si elle semble aussi peu préparée à cette éventualité que moi…je…

Quelque chose va devoir changer peut-être…éventuellement. Je le sais…
Je ne sais pas si je suis prêt pour ça…je ne sais pas...je veux juste un moment de plus avec elle.

Juste un petit moment de plus pour me dire que je possède une partie de ces yeux verts, de ce sourire, du toucher de ses cheveux entre mes doigts, cette voix et son accent allemand maladroit mais charmant quand elle m’appelle Liebling…
Just un moment de plus qui dure une petite éternité…
Juste un instant lorsque rien ne peut arriver.
Où l’on peut être inséparable et irréductible.

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Mar 30 Avr - 0:05

Pour Elizaveta

Chère Elizaveta

Tu te souviens quand je t'appelais encore Mademoiselle Hongrie? Je devais avoir l'air tellement rigide à tes yeux, à cet instant là
Puis j'ai osé utiliser ton prénom puis te tutoyer et


Elizaveta

Non, je ne peux pas. Je ne peux pas écrire une lettre c’est trop…lâche.


Je ne vais rien envoyer je le sais.

C'est toujours ce qui arrive quand je m'assois pour écrire une lettre.

Je finis par l'écrire à moi-même.

Mais ce serait plus facile. Je n’aurais pas à voir ton refus de la rupture qui reflète le mien. Mais je sens que je suis obligé…pour ton bien. (Et pour le mien, oui, tout autant. Parce que dans cette histoire, je suis bien égoïste, et pourtant bien sans remords…)

Je sais que je dois le faire à un moment…je me demande si je n’aurais pas dû le faire déjà. Accepter le fait que si tu n’oses pas te détacher de moi, c’est moi qui vais devoir le faire de force...Mais après je vois tes yeux verts qui me regardent avec désarroi, j’entends ta voix qui me supplie de ne pas le faire. Je sais que tu te sens égoïste à faire cela…me retenir auprès de toi alors que tu m’as…trompé.

Maintenant je le sais…je sais aussi que tu veux le cacher. Tes mots reviennent à propos…C’était personnel, c’était une erreur…C’est drôle, la manière dont les mots révèlent davantage sur les non-dits. Tu n’as jamais dit que tu e regrettais.
J’en rirais presque. J’accepte gentiment, docilement depuis quelques semaines que tu aimes Prusse autant que moi, enfin…autant pour qu’il y ait un choix crucial à faire. Et pourtant qund je sais que tu voulais me cacher ça, cette…éventualité qui s’est changée en fait, ce baiser entre vous, j’avais envie d’exploser. Erreur. J’ai explosé.
Peut-être qu’en réalité je n’étais jamais calme, non, pas depuis le début, le tout début où j’ai commencé à me douter de quelque chose, commencé à me détruire un peu, détruire cette armure parce que je ne savais plus ce qu’elle était censée protéger.

J’étais presque empli de sympathie envers Prusse. Empli du bon sentiment que quoiqu’il arrive tu serais heureuse, qu’on devait attendre, te laisser choisir…mais Gott, pourquoi devais tu hésiter entre moi…et lui ? Il semble que quelque chose dans mon sang me pousse à le détester. Tout ce qu’il fait est comme une provocation. Mais je n’avais pas tort de le frapper. Il n’aurait jamais dû t’ insulter. Même si c’est un « code » sournois, stupide entre vous, leur espèce de langage tacite que personne d’autre ne comprend (y compris moi…

…surtout moi)

…même si tu dis que tu l’as appelé bien pire…je m’en fous...non, je veux juste qu’il te traite avec le respect que tu mérites, comme une reine, comme…comme je te traite moi. Ou comme j’essaye…

Mais même si tu le frappe, même si vous vous tapez dessus…tu es encore…
C’est ainsi…

Je suppose que je devrais cesser de nous comparer. Si on était comparables à un certain niveau, tu aurais fait ton choix plus facilement. On ne serait pas en train de tournoyer dans cette valse infernale et triste à la fois. Il y a deux cavaliers dans cette valse et ils ne savent même pas comment réagir l’un envers l’autre.

Ils se parlent.
Ils s’ignorent.
Ils s’entre-déchirent.
Ils ne se comprennent pas.
Mais qu’est-ce qu’il y a comprendre…
Mis à part le fait que c’est toi qui mènes la valse.
Entre nous deux…

Je veux demeurer celui qui est calme…raisonnable…celui qui attend patiemment que tu te décides, qui accepte d’un air grave et noble ce qui adviendra.
Car qui va le faire à ma place ?

Mais…c’est trop tard j’ai…craqué, explosé, je ne sais pas trop comment décrire cette colère sourde et froide, comme une brûlure glaciale. A frapper Gilbert encore et encore et un peu plus, et je pense que si mon corps me l’aurait permis davantage, j’aurais continué. Si tu ne m’avais pas retenu une première fois, une deuxième fois…j’aurais continué jusqu’à ce qu’il retombe au sol ou que je ne tombe aussi…Mais lui, ça ne l’intéresse pas, je crois. Je ne pense pas que cela fasse quoi que ce soit pour me calmer.

Au contraire. Ce regard de mépris mêlé de fierté, ce refus de riposter, de me considérer comme un rival comme…comme quoi que ce soit…cela me donnait seulement envie de continuer à le frapper encore et encore, d’avoir un peu de son sang sur ses mains qui ont si peu, si peu l’habitude d’être mis à des fins aussi…destructives, des mains qui préfèrent généralement créer des notes de musique. Je n’ai pas l’habitude, non. Je n’ai pas l’habitude de sentir mon sang se glacer et mon esprit perdre tout désir d’être raisonnable, de sentir cette colère sourde et froide comme la morsure d’un vent glacial et puissant. Oui, je m’énerve souvent, mais ces colères sont passagères et futiles. Celle-ci est presque intoxicante, enivrante. A ces moments là, je le sais, je le sais bien plus qu’à tous ces moments où je doute, où j’ai seulement envie de noyer mes problèmes dans des volutes de notes ou d’alcool. Je suis bien plus puissant que je ne me l’autorise…

Non, je ne parle pas de force physique. Même si je m’entraîne, même si je commence à y prendre un certain goût à travers l’escrime (toutes ces règles, toutes ces machinations élaborées pour qu’une lame puisse pénétrer dans les règles de l’art au cœur des zones vulnérables de son adversaire…oui cela m’attire je suppose). Je ne serai jamais aussi « fort » que certaines personnes ici mais…ce n’est pas ce qui m’intéresse, ce n’est pas ce que je ressens. La véritable force c’est de ne pas laisser les autres étouffer ses désirs personnels. De ne pas retenir un coup ou une parole par gêne ou par pudeur. Le pouvoir de dire, de penser, de concevoir que tout ce qui est terrestre sur cette terre m’appartient et que je n’ai qu’à le prendre, le garder, le retenir auprès de moi.

Mais toi Elizaveta…est-ce que je peux dire que je te possède ?

Je ne sais pas…

Je ne sais plus.

Je préfèrerais dire qu’on se possède l’un autre.

Mais maintenant qu’il y a Prusse, maintenant que tu as possédé ses lèvres à lui, ces mêmes

lèvres qui m’embrassent…

Est-ce que cela veux dire que je dois te partager ?

J’en ai assez. Je ne sais pas quoi faire.

Je me regarde et je ne vois pas qui je suis d’habitude.

Je ne me reconnais pas et en même temps je vois le Roderich que j’essaye toujours de câcher parce que j’en ai honte.

Je vois un visage coloré d’un rouge de colère aux joues, de bleus sur sa peau. Des cheveux qui refusent de plus en plus de rester en ordre. Pas de lunettes pour cadrer mon regard. Non seulement des cernes le cadrent, les cernes d’une soirée où j’ai décidé de boire sans modération, sans regrets, tanguant et vacillant vers l’excès.

Un regard intensément, passionnément perdu.

Je dois les récupérer. Je dois continuer à avoir l’air…normal. Neutre. Calme. Détaché. C’est bien, c’est bien comme ça. C’est l’aspect que je n’aurais pas dû quitter.

Le monde ne pardonne pas à ceux qui laissent leur garde se baisser.

Mais cette garde se brise contre mes propres contradictions…

« Tu es sur la mauvaise pente »

On l’entend souvent cette phrase…comme si à tout moment on pouvait glisser et tomber et seulement remonter avec bien des difficultés…

Est-ce que je suis sur la mauvaise pente… ?

Une chute libre, une valse dans le vent…

Ou…ou est-ce que j’ai déjà touché le fond ?

Je ne sais pas parce que ça ne m’est jamais arrivé je n’ai jamais autorisé la possibilité…
Sous contrôle je ne suis pas assez…parfait. Je ne suis pas…appréciable, pas approchable. Et je fais du mal aux autres sans le vouloir, par ma froideur calculatrice.
Hors de contrôle je suis…inutile, indésirable. Je me perds en tournant en rond. Et soi je me laisse faire…

(manipulable, pitoyable, malléable…prêt à tomber dans les bras des autres, de n’importe qui, de trébucher et de tomber et de laisser quelqu’un d’autre me relever, de me perdre et de dépendre désespérément, désespérément sur les liens qui me retiennent aux autres…tout ce que je déteste être, tout ce que je ne veux pas..pas…bitte, bitte, je ne veux pas être comme ça !)

…soit je frappe pour dominer, pour oublier, pour sortir de ce que je suis d’habitude, détacher mes pensées du reste de mon corps, du sentiment dans mes veines, dans mes tripes, qui me donne tellement de satisfaction, qui me fait sourire, rire, malgré la douleur (peut-être surtout à cause de la douleur), comme quand j’ai terminé un morceau violent et sombre au piano oui, c’est le même sentiment….

Est-ce que je m’autodétruis que ce soit dans un cas ou dans un autre ?
Mais il y a un moment entre les deux…où je suis à la fois en parfait contrôle et à la fois…libéré…de quelque chose. Je ne suis pas certain de quoi…

Mais ce sentiment...je le retrouverai. Et il me permettra peut-être de demeurer digne dans cette situation. Fort.

Puissant.




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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Dim 12 Mai - 21:43

Je suis sur la mauvaise pente

et je n’ai plus envie de me relever. Plus envie de contrôler cette colère en moi qui m’a poussé à le frapper, encore et encore, pour essayer d’effacer cette expression neutre de son visage, pour essayer de ne pas penser à son visage à elle, pour ne plus les imaginer ensemble, malgré ces mots à mon oreille me décrivant tout, pour essayer de me dire que son silence à elle n’est pas une moquerie et une manière de m’effacer de sa vie maintenant que son choix a été fait…

Que tout ce qu’elle avait dit d’amour et de loyauté envers moi n’était pas uniquement un mensonge sordide pour m’apaiser par pitié…

Que son manque de réaction à lui n’était pas que du mépris comme si je n’étais plus…rien maintenant, même pas l’Autre, même pas le rival…(l’ai-je même été, depuis le début ?)

Juste…insignifiant. Sans intérêt. Comme un jouet cassé en deux qui a servi bien assez longtemps, qui devrait arrêter d’essayer. Et je n’essayerai plus. Je ne veux plus rien à voir avec eux, avec elle…

(Mais ces liens sont incassables et je ne sais pas quoi faire)

(Et ce goût de la bataille, comme un goût amer de sang à mes lèvres me fait un peu revivre l'espace d'un instant)

Je suis sur la mauvaise pente

et pourquoi pas après tout…pourquoi pas me laisser aller, laisser tomber cette fichue droiture, cette morale ridicule qui apparaît comme une aberration moqueuse envers moi-même, s’emmêlant dans les belles cornes que j’arbore à présent. Je pourrais tomber et laisser quelqu’un me relever et me laisser faire et ça me ferait peut-être du bien…

(même si c’est par pitié, même si c’est pour me jeter l’instant d’après quand j’aurai perdu mon intérêt initial)

(mais n’est-ce pas ainsi que le monde marche ? par intérêt ? j'ai le droit être égoïste, tant que je laisse les autres faire de même par manipulations mutuelles...)

Peut-être plus de bien que de frapper dans un sac sans relâche ou de marteler ces mêmes touches en essayant de ne jamais revenir aux mélodies de Liszt qui se glissent invariablement sous mes doigts et me font penser à elle.

Plus de bien que d'imposer ma volonté sur mes semblables et les utiliser par un dépit froid et désespéré, pour essayer de créer quelque chose de beau, quelque chose de stable, quelque chose que je peux contrôler.

(Mais j’ai essayé, j’ai essayé et au dernier moment je repense à elle et je ne sais pas quoi faire)

(Et quitte à pouvoir détruire, je veux contrôler)

Je suis sur la mauvaise pente

et je refuse de lâcher cette armure de fierté froide et violente qui se construit peu à peu autour de moi, pas parce que je crains qu’on ne découvre ce qu’elle cache…

Mais parce que je pense qu’au fond, comme une coquille vide, il ne lui reste plus rien à cacher.

(Je ne sais plus quoi faire pour me relever)

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Sam 1 Juin - 1:50



Elizaveta,

Je t’aime et tu m’aime aussi et on le sait tous les deux et je voudrais, je voudrais tellement qu’il y ait quelque chose qui rende cette situation possible, qui fasse en sorte que tu puisse aimer qui tu veux sans que cela ne fasse de mal, sans que ça ne TE fasse du mal mais…mais c’est…impossible, non ? Je me suis consumé, empoisonné de jalousie, de possessivité, essayé de la cacher, la sublimer en un calme neutre, patient, mais toujours la colère transparaît, contre lui et son regard qui me méprise, ses mots à mon oreille, faits pour te réclamer sienne, faits pour me mettre plus bas que terre, me désarmer et…et contre toi, parce que je pensais que tu me parlerais avant de faire ça, que tu m’expliquerais mais…qu’est-ce qu’il y a à expliquer oui « c’est arrivé »…quand tu te sentais seule, perdue et comme tu disais oui, je n’étais pas là ! Je n’étais jamais…là, on dirait..ou pas quand j’aurais aimé être là…et je sais…je crois, je comprends maintenant…se perdre dans un baiser, dans les bras de quelqu’un, parce qu’on tombe comme un aigle avec des ailes en flammes et on se sent fier et seul et droit mais on a tellement envie que quelqu’un nous rattrape avant qu’on se brise en mille morceaux parce qu’on sait que ça va arriver parce qu’au fond sous l’arrogance on est tellement faible, pathétique…cassable.

…mais non…ce n’est pas pareil…tu l’aimes. Ce n’est pas seulement quelque chose qui arrive une seule fois..bien sûr que tu vas vouloir être avec lui..faire ces choses..bien sûr que tu ne peux pas le regretter..même si ça me m’a un peu détruit à l’intérieur.
Je me suis isolé, j’ai essayé de faire semblant, de me faire froid et distant, car je pensais que c’était terminé et que ton silence était une manière tacite de dire « j’ai fait mon choix »…lâche de ma part peut-être (sans aucun doute) mais quand on tombe, quand on perd l’équilibre, c’est difficile…très difficile de s’arrêter…et la paranoia s’emballe, et oui, j’ai fini par imaginer que c’était ainsi et que tu ne savais plus comment m’écarter et que du coup…

Mais tu dis que tu m’aimes et que tu ne comptais jamais te séparer de moi et..Gott, j’aurais..presque préféré que tu ne le dises pas, tu sais , liebling ? Parce que…je me suis mis à imaginer toutes sortes de choses ridicules. Que je ne sereais plus jaloux, que je pourrais t’aimer et accepter que tu m’aimes en même temps qu’un autre mais sans hiérarchie, sans préférence, que je pourrais encore te tenir dans mes bras, t’embrasser, jouer avec tes cheveux, je…je sais pas pourquoi j’écris ça, ça va pas nous aider hein ?

Parce qu’au fond même si tu dis que je suis Roderich, je suis aussi…aussi Autriche et..j’ai été tyrannique, j’ai été jaloux, je le suis encore si je me mets en colère, si je dérape, et on peut encore toujours déraper et…et au final non nous deux..on est pas faits pour partager je pense, on est trop possessifs et Gil aussi est possessif, terriblement.

Et tu sais.. ? oui il se pavane comme si il possédait le monde mais au moins il pense que tu n’aimes que lui et…avec le temps, tant qu’il ne sait pas pour..pour tout ça, ça finira par arriver pour toi en retour, et vous serez heureux je me fiche de son bonheur mais tu seras heureuse et tu serais paisible et savoir ça me suffira tu sais… ? J’essaye pas..d’être noble ou généreux non ça..franchement..si je voyais une autre solution je te pardonnerais tout et je resterais à tes côtés égoistement mais..j’en vois pas…

C’est pas grave, Elizaveta…on a été à travers un premier divorce, on peut en faire un deuxième…on peut juste…ce sera moins douloureux en plus. Il y aura pas le cœur qui bat douloureusement, pas les cauchemards, pas les insomnies. Il n’y aura plus les échos d’un empire en ruines, les blessures et la fatigue d’une guerre qui nous a dévastés, d’une guerre qu’on aura indirectement causés.

Ca va aller…je m’éloignerai un peu mais je serai quand même là et…ça va aller. Ca va partir…

Oh gott

Je suppose que c’est ridicule mas celle-là non plus je vais pas te l’envoyer non…

Je veux pas te quitter…je veux pas je veux pas je veux pas…

Je suis tombé et je me suis noyé et des mains m’ont rattrapées et je pensais que je pourrais
m’enivrer d’égoïsme et d’alcool et de quelques nuits dénuées entièrement de regrets mais je peux pas et je me perds encore et je veux que tu me retrouves mais

Je dois le faire

Gott j’étais si près de te le dire

Avec juste un « mais » pendu à mes lèvres, pourquoi il fallait que je t’embrasse ensuite

Je me consume et je m’épuise et je tombe et au final ce « mais » est toujours au bout de ma
langue et je veux pas, je veux pas dire quelque chose aussi absurde que

« je t’aime mais je dois te quitter »


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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Sam 8 Juin - 22:01

Je me demande si tu les entends aussi…les cloches qui sonnent, les bruits de la foule, les échos d’une immense cathédrale. Si tu voyais à quel point j’étais nerveux, à quel point j’étais heureux en même temps, si proche et si loin à la fois, et tu sais… ? Je ne sais pas…ce corps là, cet esprit là, ce n’était pas le mien, ce n’était pas mon nom, c’était simplement la même essence, le même esprit d’une nation…Mais c’était la première fois je crois…Mais la première fois que je devais faire quelque chose par devoir politique et, en même temps, que je le voulais autant. La première fois…peut-être la dernière fois aussi. Parce qu’au final les alliances pour nous autres, ce ne sont que des contrats, des transactions éphémères…ça ne voulait jamais rien dire…simplement davantage de pouvoir. Là…non c’était pas pareil… Mais comme les autres, ça n’a pas duré hein… ?

C’est étrange…étrange, deux royaumes, deux êtres qui s’unissent et qui changent quelque chose, lui…lui il était tellement strict, tellement rigide malgré ce qu’il ressentait…et elle...vivace, spontanée, tête forte…comme toi, au fond

Tous deux roi et reine de ton royaume, de celui qu’on a partagé
8 juin 1867

Je sais pas…ça devrait être triste non… ? De me souvenir de cela, maintenant…au pire moment…mais c’est presque apaisant, presque tranquillisant de fermer les yeux, imaginer encore une fois l’odeur de roses blanches si nombreuses qu’on pouvait s’y perdre, à en avoir la nausée…cette nervosité heureuse, contagieuse, au bord d’un précipice, à sentir un autre anneau enserrer ma vie comme un étau alors qu’on le passe au doigt impérial, à sentir une couronne posée sur sa tête qui me permettait de voir un instant comme tu voyais, partager tes souvenirs. Je suis presque content comme ça, avec cette mémoire en moi, comme une mélodie jouée tant de fois qu'elle est vidée de sens.

Après tout c’est tout ce qu’on est non… ? Des réceptacles vides pour des sentiments qui n’étaient jamais tout à fait les nôtres…on les ressent si vivement, mais ils ne demeurent que des échos.

Non c’est faux je sais…ou je ne serais pas en train d’essayer de me persuader de la sorte hein… ? Parce que je veux pas affronter ça…à quel je suis pathétique, à quel point je suis trop dépendant pour continuer mais trop arrogant pour admettre que je regrette tout ce que j’ai fait par prétendu ‘devoir’…c'est auto-destructeur mais je sais pas comment arrêter hein? alors autant continuer. Ou se souvenir et être tranquille

Est-ce que ce sont ces souvenirs d’humain qui me corrompent, ou les souvenirs de nation… ? Sais plus quoi penser, je veux plus penser, je veux juste

Je veux la voir…lui sourire, surtout aujourd’hui. Tous les jours…comme avant ; peut-être que...éventuellement..

Je veux…Je peux pas…j’en peux plus...!

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Mer 17 Juil - 12:44

Il y a quelques semaines je me disais cela si naïvement. Que tout irait mieux. Mais c’est déjà ce que je pensais avant. Que c’était mieux de la quitter, pour elle, pour moi, pour cette fierté qui semble vouloir constamment cannibaliser ma vie et le moindre de mes espoirs ou alors…ou alors j’étais simplement réaliste. On ne peut aimer deux personnes à la fois sans créer des étincelles, qu’on doit choisir. Je pensais que je pouvais simplement oublier à l’usure. Mais ma volonté a dû être usée auparavant, il me semble.
Ce n’est pas ma faute.

Ce n’est pas ma faute, non, si mon regard est attiré vers le sien, si je me plais à jouer en sachant qu’elle regarde mes moindres gestes, d’émettre ces mélodies pour elle comme si nous étions seuls au monde (mais on ne l’est plus tout à fait, n’est-ce pas ?). Et je n’ai pas résisté. Je l’ai embrassée et j’ai même cédé à ce qu’elle voulait…et ce qu’elle veut c’est ne pas choisir. L’absence de concessions de sa part en vient à un grand nombre de concessions de ma part. Moi, le pays qui était uni par la mariage au sien, moi, le pays qui était possessif et jaloux à son égard, moi, l’être qui a toujours eu peur qu’elle ne voie en moi que l’empire tyrannique qui l’enfermait comme les autres comme un oiseau en cage. Les autres qui étaient entourés d’attentions à la fois autoritaires et paternelles, froides et étrangement chaleureuses, pour leur faire croire qu’il leur était utile, pour les empêcher de partir et le laisser seul.

Elle, que cet empire finit par approcher non pas de la sorte, mais avec la promesse de pouvoir et de gloire que promettait l’empire austro-hongrois. Je ne sais pas si il y avait de l’amour au sein de ce tumulte historique. C’est toujours plus compliqué que cela à cette échelle. Mais je sais ce que je ressens maintenant envers non pas une entité historique mais une personne…et pour l’instant, cela apaise les cauchemars dans lesquels je deviens cet être détestable. Je l’aime, je l'aime comme la plus douce des mélodies, comme un frisson dont je ne peux me lasser, comme une drogue dont l'absence me perce d'aiguilles, et cela suffit à calmer les doutes qui me murmurent que j’ai perdu mon intégrité.

Presque.

Le moi historique était-il moins moral que je le suis maintenant, ou l’était-il davantage ? Nos coutumes étaient à la fois splendides et sobres, sévères et hautaines, et envoyer un prince ou une princesse d’Autriche pour établir un mariage politique n’était pas un symbole de soumission mais de dominance. On a été stratégiques, et on a été sanglants, puis on nous a coupés les ailes quand nous nous sommes embourbés dans une guerre de trop, la guerre de trop. On a négocié, marchandé, menti aussi. Et cherché à tout contrôler, réguler, car on se prenait pour le pivot central d’une horloge dans une immense machination.

Je ne sais plus ce que je contrôle. Quand je l’avais quitté je pouvais maîtriser ce sentiment, et l’amertume était à la fois comme une punition et une récompense. Récompense parce que j’avais pu choisir le chemin le plus droit, même si c’était le plus douloureux. Punition parce que j’avais perdu de vue mes sentiments et les siens.
 
 
Et j’ai dit « oui » et lui aussi. Gilbert. Après avoir hésité, et refusé et après avoir parlé avec hargne – pourquoi, oui, pourquoi je me souciais de savoir s’il serait d’accord ? Ne serait-il pas préférable que je la garde à moi tout seul ?

Mais dans ses bras, elle regardait vers lui constamment. Et je savais que si je disais non elle irait seulement le voir derrière mon dos. Et il adorerait sûrement le frisson illicite que cela lui causerait. J’aurais encore droit à ce sourire moqueur qui me met hors de moi, ce sourire qui me nargue et m’insulte et qui me donne seulement envie de le plaquer au mur et de l’effacer de son visage, d’oublier que je suis censé être l’être de pensée et de stratégie, pacifique, conciliant (faible si faible à ses yeux que cela me donnerait la nausée).

Alors j’ai accepté pour me donner l’impression de contrôler la situation, me dire que ce dont j’étais conscient, ce dont j’étais certain me rendrait moins fou dans cette situation absurde, peut-être moins en colère, moins jaloux, que j’apprendrais simplement à tolérer sa présence quand elle va le voir, que mon amour-propre mis de côté me permettrait seulement de l’aimer davantage, elle…

On pense peut-être que je suis soit un saint, soit un parfait idiot dans cette situation. En fait, je suis seulement égoïste comme d’habitude, et bien plus intelligent que cet abruti. Au fond, j'ai compris que j'ai proposé cette alternative car je veux contribuer à son bonheur parce que son bonheur est le mien. Même si il implique qu’elle le voie, lui.

Même si ça implique que je ne suffis pas à la rendre heureuse...et que cette pensée blesse comme un poison, à chaque fois qu'elle détourne la tête et laisse son regard aller vers...

J’en ris, maintenant, j’en ris, de cette absurdité, de cette situation à l’extrême. Entre ses bras, au recoin de ses lèvres je n’ai plus aucun souci, plus aucun doute quant au fait que ce sacrifice pour rester à ses côtés était le bon. Mais…les étincelles mêlées de jalousie et d’indifférence à son égard sont devenues à mon insu une fournaise. J’ai perdu le contrôle que j’affectionne tant au sein d’insultes et d’espèces de défis ridicules pour lui clouer le bec, faire apparaître sur son visage ce sentiment de colère que j’affectionne autant. Mais ça a dérapé. Je me suis mis en colère devant Liechtenstein…moi, alors que je suis censé…alors que je me vois comme un modèle pour elle, alors que je me sens obligé de maintenir une certaine allure, une certaine attitude, polie et détachée, élégante et noble. Les nobles ne donnent pas de coup de poing. Les nobles ne s’emportent pas. Ca a dérapé et il m’a tenu brutalement jusqu’à m’en déboîter l’épaule et j’ai tout fait pour ne pas hurler, ne pas lui montrer que j’avais perdu, que physiquement j’étais toujours moins fort, toujours moins endurant, toujours le gamin qui tombait le premier au sol et se relevait par pure arrogance en sachant qu’il n’avait aucune chance. (C’était par principe.)

Le vieil empire qui est tombé au champ de bataille et qui lutte pour que ses yeux ne se ferment pas par épuisement, ne quittent pas son ennemi du regard avec un mélange de défiance et de froideur digne. (C’était par principe.) Ce n’était pas toujours comme ça ; seulement quand ses jours de gloire s’étaient ternis et avaient permis aux charognards l’encerclant de tenter leur chance pour pouvoir faire comme s’ils avaient accompli un exploit notable. Je les revois en rêve, ces moments, et j’essaye de les oublier au réveil. Ils ne veulent rien dire. Seulement des souvenirs, comme les autres.

Le pire n’était pas vraiment la douleur, mais la peur ridicule, humiliante, quand je n’arrivais pas à bouger ma main, avant qu’on me replace l’épaule. On tient à si peu de choses, n’est-ce pas ? Une main cassée et mon monde volerait en éclats. Je ne pourrais m’exprimer à travers la musique comme je l’ai toujours fait. Et même si je sais que je suis censé me ménager, je ne peux m’en empêcher. Surtout si je me dois de canaliser mes émotions autrement, au lieu de les laisser éclater à la surface comme je l’ai fait récemment.
Je ressens encore cette douleur sourde dans l’épaule, mais elle m’est devenue presque ordinaire, comme une piqure constante de rappel : j’ai perdu quelque chose…une confrontation, une raison absurde de me prouver, de montrer que je pouvais…que je pouvais…je ne sais pas. Pourquoi je cherche à montrer que je suis supérieur ? Pourquoi je cherche à montrer que je suis plus fort, que j’ai plus de valeur que lui ? Est-ce que c’est à cause d’elle, de lui ? Ou de moi… ?

J’ai perdu de vue ce qui est important. Je me perds, peu à peu, je le sens…et je ne sais pas faire, parfois, pour me rattraper au bord du précipice. Je veux appeler à l’aide, parfois, souvent, avant que cette arrogance me détruise complètement. Mais les nobles n’appellent pas à l’aide.

Et je ne veux pas constamment dépendre des autres, comme je le fais si souvent…
Je devrais demeurer intègre, froid, calme, parce que personne n’aime les nobles qui perdent leur aura sacrée. Ils ont bien moins de valeur s’ils s’abaissent au rang des autres. Tout le monde en est déçu au final, eux y compris. Je garderai uniquement mes sentiments pour ceux qui le méritent vraiment. Et lui, qu’est-ce qu’il mérite au final ? Rien…rien du tout. Sûrement pas ma colère. Seulement mon indifférence…

J’ai envie de retirer cette écharpe ridicule retenant mon bras déjà. Ca fait mal, ça tire mais sans plus. Et ça me permettrait de faire comme si de rien n’était, de montrer que cet idiot ne m’a pas atteint. Cela a fait peur à Alfons, cette blessure, et lui a mis des larmes aux yeux…je me suis senti mal, si mal. Je ne voulais pas l’attrister à cause de mes erreurs, de mon manque de contrôle. Je suis un modèle pour lui. Un « père ». Il n’aurait pas pu me rendre plus fier en disant ces mots. J’étais tellement heureux…je le suis encore.

J’ai toujours voulu être un « père »…peut-être afin de savoir à quoi c’était censé ressembler, d’être à la fois sévère et tendre, un modèle et un confident.

Je suppose que c’est un sentiment qui disparaîtra avec le temps, quand je me rends compte que cette possibilité est impossible pour moi…Dans la vie je n’aurai pas été pianiste, je n’aurai pas été un bon père ou un bon époux comme je le désire tant (je suppose que…non, ça n’arrivera jamais…ça ne redeviendra jamais seulement elle et moi…), je n’aurai pas été un humain normal mais je peux représenter un pays et son histoire.

Il faut faire des concessions.

Je veux rentrer à la maison, je veux retrouver ces règles qui m’ont construit et m’ont permis de devenir qui j’étais, découvrir comment j’ai pu à la fois les respecter et les transgresser afin de devenir quelqu’un un peu plus…vivant.

Mais je ne peux pas. Pas pour l’instant. C’est trop compliqué. L’ironie me ferait presque rire méchamment mais c’est comme ça, c’est la vie, pas une histoire, sûrement pas l’Histoire, et mes parents, bien que ce soit étonnant à imaginer, sont plus humains que je ne suis, théoriquement. Ils pensent à eux avant toute chose, maintenant qu’ils ont un héritier qui puisse consolider les intérêts de la famille. Ou alors ils abandonnent tout espoir maintenant qu’ils savent que je devrai être un pays avant d’être leur marionnette.

Et ils divorcent.


 

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Sam 20 Juil - 23:10

Je ne suis jamais essayé les montagnes russes.



Evidemment, Mère n’aurait jamais encouragé ce genre de choses et m’aurait grondé si j’y étais allé sans lui dire. Les fêtes foraines étaient "des endroits vulgaires". Et après, j’étais trop sérieux pour accepter de faire cela et me ridiculiser. Mais beaucoup de personnes décrivent la sensation…la sensation de voltiger au plus haut point puis de descendre soudain et d’avoir l’impression que leur cœur tombe dans leur estomac tel une pierre.



Je ne sais même pas si c’est ce que je ressens. Parfois, j’ai l’impression que je ne sens rien du tout car je ne sais plus comment réagir.



Gilbert qui me déboîte l’épaule…oui c’était bas. Dans plusieurs sens du terme. Mais après il s’est excusé et…je ne sais pas, je me suis senti mieux.Bon, je lui ai pas dit car la situation était déjà suffisamment...bizarre sans qu'on en rajoute. Je n'arrivais pas réellement à y croire...Gilbert n'a jamais été...enfin..."gentil" comme ça? Le mot sonne étrangement. Et pourtant, il s'est excusé...pour tout, pas seulement l'épaule. Pour tout depuis..que..depuis que j'ai su pour Elizaveta et lui.

Et c'était comme si un léger poids partait...même si

je préfère le Gilbert qui agit normalement..qui me taquine...enfin..qui me taquinait..la manière dont il le faisait, en fait...avant toute cette histoire. Avant que notre rivalité s'envemine. Pas qu'il saura! Même si ça aurait été dans le ton.

...

...Il a dit qu'il faisait ça parce qu'il "m'aime bien."

...C'est vraiment trop bizarre. Moi qui ai passé si longtemps à penser qu'il en avait pas grand chose à foutre, de mon avis en général...

J'espère qu'il ne va pas dire des choses comme ça constamment. C'est perturbant. Enfin, vu la manière dont il a fui...je pense que non. Ouf.
...


C’était embarrassant pour nous deux, mais l’ardoise était pour ainsi dire…effacée. Du moins on essaye. On fait des efforts…pour elle.  Là, on était bien d’accord pour une fois.



Mais…il était couvert de bleus et de coups et je le sais, il l’a dit, c’est Elizaveta qui a…



A cause de moi.



…Pas que je me soucie de LUI ! Il peut bien aller se faire botter les fesses autant qu’il veut, il semble bien assez résistant. Cet idiot…pourquoi est-ce qu’il lui a dit ?! Ridicule. Idiot honnête mais quand même un idiot.



Mais…non, le problème c’est plutôt que je ne veux pas qu’elle fasse ça pour me…venger ? Me protéger ? C’est…gênant. Presque humiliant. Comme si j’avais été en détresse et elle devait régler mes comptes pour moi…parce que je suis trop faible, trop…dépendant ?



Je sais qu’elle ne pense rien de tout cela…elle a probablement même pas réfléchi, peut-être que ça s’est présenté comme une évidence…mais ça me laisse un creux d’inquiétude au fond de l’estomac. Gilbert est différent…il ne lèverait jamais la main sur elle pour rétorquer, forcément. Mais…un autre le pourrait. Et je préfère régler mes propres problèmes sans qu’elle se fasse mal à cause de mes erreurs…



C’est compliqué de lui parler de ces choses là…car elle est aussi obstinée que moi. Mais je dois le faire si jamais cela risque de se reproduire. Pas que je compte là-dessus, au contraire.

Et j’ai revu Franz ! Et j’étais stupidement, naïvement content… ! Il est revenu, il était vivant et sain et sauf et je lui ai sauté dessus avec mes questions et…je pense que je n’aurais pas dû…j’ai été un idiot. Bien sûr qu’il ne veut pas en parler…ou ME parler….qu’est-ce que je pensais… ?



Après tout, je suis associé au passé et il a peut-être envie de ne plus entendre parler de moi et c’est tout. Et je devrais le laisser tranquille, ne pas le chercher partout comme je le fais…

…mais je ne peux pas le laisser seul après l’avoir vu sourire comme ça ! C’était…déchirant et inquiétant et…j’ai…enfin. J’ai pas l’habitude d’écrire ça mais



J’ai peur.



J’ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir l’aider comme il m’a aidé quand j’étais plus bas que terre il y a quelques mois. J’ai peur pour lui. C’est stupide non ? Je devrais me ressaisir. Il est revenu et il est en sécurité et bien sûr qu’il est encore un peu secoué ! Je devrais être content enfin…je le suis ! Mais pas seulement…Mais. Enfin. Ca passera ! Ca va passer.



Mais cette douleur au ventre ne veut pas me quitter malgré cet optimisme sirupeux que je m’assène.

Et cette culpabilité.

Est-ce...à cause de moi?

Est-ce parce que j'étais prêt à tomber dans ses bras mais également prêt à les quitter dès qu'elle tenta de me retrouver...? Est-ce parce que je l'ai...manipulé sans le vouloir parce que je voulais oublier une autre personne plutôt qu'en découvrir une nouvelle?

Il dit que...je me détruis. Que je...vais me consumer à force d'essayer de tout concilier. Je ne veux rien entendre. 



Et ces humeurs…ça monte, ça descend, ça refuse de demeurer tranquille.



Stable.



Stupides montagnes russes.


[HJ: Alors, Lysander ayant rebooté son personnage mais le fait de le supprimer de la narration ayant très peu de sens concernant les inquiétudes et culpabilités de Roderich à ce moment là, je me permets de le permuter avec un personnage que Roderich aurait connu en dehors de l'Académie. Rencontrez Franz, un violoniste dandy un peu mélancolique qui s'est lié d'amitié avec le Rod' dans un bar et l'a aidé à s'en sortir juste après l'affaire prusso-hongroise, à sa manière. Malgré le fait que ses manières et habitudes ne lui aient pas toujours convenu, il va de soi, Rod se sent redevable à son égard...] 

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Sam 10 Aoû - 2:17

J’ai fait encore le même rêve cette nuit...c’est le même depuis une semaine. Il est flou, diffus, comme si je le voyais à travers des verres qui n’étaient pas ajustés à ma vision. A peu près tous les verres à vrai dire. C’est assez ironique de porter de fausses lunettes afin que tout le monde ait une vision différente de moi, alors que je suis incapable de voir à travers de vrais verres censées corriger ma propre vue. Peut-être que cela reflète bien ma manière de mentir sans cesse à tout ceux qui m’entourent, cette obsession avec l’apparence, la prestance.



Peut-être que cela montre que je suis tellement faux que je ne peux pas me faire « corriger ». Peut-être que cela montre que je pourrais sur-analyser n’importe quoi avec un papier, un crayon, et un peu d’alcool dans le sang, juste assez pour délier la langue et la main mais pas suffisamment pour me donner en spectacle, pour frapper à sa porte et le répéter encore et encore…



« Dis moi ce qu’il y a dis moi pourquoi tu hurlais dans mes bras, pourquoi tu pleurais contre ma chemise, pourquoi tu avais peur que je te laisse là, pourquoi tu ne voulais pas en parler, simplement pleurer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une seule larme dans ton corps… »



J’ai pas besoin de savoir pourquoi je suis resté là à te tenir…parce que c’est évident…mais je t’aime et je veux savoir et…et…et je tourne en rond à essayer de deviner, à essayer de voir ce qui aurait pu te causer autant de douleur…….est-ce que c’est moi ? Est-ce que c’est…c’est pour ça que tu veux pas me dire… ? S’il te plaît…



Alors. Un…rêve. Je parlais d’un rêve.



Ah. Il y a des échos…des cris d’enfants. Je suis presque sûr que j’en porte un dans mes bras. Il est un peu bougon mais calme, autrement. Des yeux bleus un peu sévères qui me fixent, une petite tête blonde que je tapote. Il est tout sérieux comme un moine mais c’est encore un enfant, il se tortille, il se plaint et pleurniche pour un rien. Je le protège quand des hommes menaçants viennent pour essayer de se battre avec lui, quand ils viennent dans ce manoir qu’on habite. (quel est cet endroit ? je n’arrive guère à le situer…il semble perdu dans un autre temps que je ne peux atteindre). Je ne sais pas…pourquoi ils lui en veulent mais je sais que c’est mon devoir de le protéger, et de l’élever. Pour qu’il devienne quelqu’un dont je peux être fier, à mon image. Mais il est encore trop jeune pour se battre…trop jeune pour partir en guerre.



Il y en a un autre, d’enfant, qui décide d’enrouler ses petits bras autour de mes jambes dans une étreinte joyeuse et je manque de tomber par terre, je la gronde très sévèrement et elle se met à pleurer et je demeure ferme et froid au départ puis je finis par regretter…Elle veut toujours des câlins, de l’affection, et je me rends compte que j’ai du mal, bien du mal à lui donner. Elle me pose toujours des problèmes, elle est espiègle et maladroite et peureuse et pourtant je sais…je sais que je dois m’occuper d’elle, veiller sur elle…la protéger parce qu’ici est le seul endroit où elle pourra être en sécurité, parce que c’est à moi d’être responsable d’elle à présent…et il y a des moments, calmes, où je joue au clavecin et elle passe la tête par la porte doucement et s’approche  en silence, et je la laisser s’asseoir et écouter en laissant échapper un sourire. Et ces moments sont comme de petits joyaux au milieu du tumulte.



Et puis…il y a elle…souriante et douce avec eux, sévère aussi quand il le faut. Il y a des tensions entre nous…des tensions et des disputes et puis des moments calmes de réconciliation. C’est étrange. Je sais que je la vois comme étant sous ma responsabilité, comme eux, mais elle…elle me jette cela à la figure, refuse la cage dorée que je lui offre stupidement, maladroitement. J’ai l’impression qu’on se connaît depuis des siècles et que l’on se découvre en même temps. Au fond, la seule chose qui nous relie ensemble, c’est ces deux enfants dont on s’occupe. Et il y a des moments de vacarme, de portes qui claquent et de cris qui s’échangent. Mais il y a aussi les moments où elle s’assoit à côté également avec les petits pour écouter la musique, les moments où je la fais rire à faire le ménage de ma propre maison en m’essoufflant.



Et puis…il y a les moments où elle s’endort avec les deux petits qui somnolent dans ses bras…quand je me penche tout doucement et j’ose déposer un baiser sur son front, frôler très légèrement la fleur écarlate dans ses cheveux…



Puis je me réveille, et j’ai les joues mouillés et je ne comprends pas pourquoi. Je ne comprends pas pourquoi l’eau n’arrête pas de couler alors que j’aime ce rêve, et qu’il m’apaise et me laisse avec ce petit sentiment chaleureux, mêlé de fierté et du souci de bien faire.



D’être un bon père.

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Lun 2 Sep - 0:33

 

Cher Roderich,



Cela faisait du bien de te voir, même si c'était seulement le temps d'un café.

 Je suppose qu’on n’a jamais passé autant de temps ensemble quand tu étais plus jeune. Je suppose que dans un sens c’était de ma faute. Je n’ai jamais été très à l’aise autour des enfants, ou autour de cette maison, de ces gens qui visitaient, de ces responsabilités mondaines.  Ta mère s’occupe très bien de ça…je dirais même qu’elle adore. Alors je pensais que c’était la meilleure chose à faire.

Mais tu as changé. Tu n’es plus l’enfant qui arrivait en courant me voir dès que je revenais de voyage et me tirait vers le piano afin de me jouer un morceau de musique. Je suppose que c’est parce que tu as grandi. Mais tu es plus calme, plus posé, et je ne sais jamais ce que tu penses. Tu fais exprès de parler de sujets neutres et d’agir avec une politesse distante. Dans un sens, j’aurais préféré que tu te montre triste ou en colère. J'aurais même préféré que tu demeures silencieux au lieu de jouer la comédie...me laisser le temps de te parler. Mais ensuite l'heure de mon train approchait, tu es parti et je n'ai rien pu dire, rien formuler.

Est-ce que tu m’en veux, de n’avoir jamais été là ? Est-ce que tu aurais voulu que je t’emmène loin de cette maison ? Est-ce que tu aurais voulu, que ta mère et toi, on fasse un peu plus semblant d’être ensemble, quand tu étais plus petit ?
Les gens se mettent ensemble pour…des raisons diverses, je suppose. Et ces raisons peuvent partir avec le temps. Il y a un temps, elle était étincelante et souriante, la chanteuse la plus en vogue de Vienne. Peut-être qu’elle n’aurait pas dû se marier aussi tôt et
Mais avec des « et si », on va très loin. Il y avait de l’amour, mais aussi un degré de partage qui allait au-delà de soucis purement sentimentaux. Comme un devoir, je suppose. Essaye de le comprendre. Essaye aussi de comprendre qu’à ce stade…se séparer à titre officiel, à travers un divorce serait tout aussi étrange. D'un point de vue financier, et puis familial... Il y a trop de choses en commun que nous partageons et trop de compromis qui nous lient. Elle est tout autant Edelstein que je ne l’ai jamais été. Peut-être davantage, étrangement. Peut-être parce que…
Mais ce n’est rien. J’écris trop de choses inutiles. Je voulais simplement essayer de poser mes idées sur le papier, faute d’avoir pu te parler…correctement, je veux dire. C’est dommage. Je ne sais pas quand je serai de retour à New York.

Mais je veux rester en contact.
C’est peut-être un peu trop tard pour ça…après toutes ces années. Mais cela vaut toujours la peine d’essayer.
L’enveloppe contient ma carte de visite. Au cas où tu aies égaré l’autre par inadvertance.

Ou que tu l’aies laissée sur la table en partant.



Jacob Edelstein

Vati

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Sam 12 Oct - 1:47

 

J’ai fait pleurer quelqu’un l’autre jour.



C’était à cause d’un morceau de musique je j’avais joué et quand Jolien, si douce et souriante d’habitude, pleurait comme cela, en petits sanglots, en disant que c’était de joie et non pas de tristesse, je ne sais pas décrire ce sentiment…comme un sentiment à la fois heureux et coupable. Réussir à arracher des larmes à quelqu’un…on se sent à la fois puissant et navré.



Je ne me rends pas souvent compte des autres, quand je joue. Je suis dans mon monde immobile et mélodieux, et le temps semble s’arrêter. C’est comme une escapade le temps d’une sonate.



Les choses suivent leur cours et j’essaye de demeurer le même, de demeurer calme et serein et immuable. Le piano aide, je dois dire. Y jouer, c’est comme être attaché à un rocher d’ébène, de cordes et d’ivoire en plein océan, quand rien n’est défini, rien n’est certain.



Je pense que les gens préfèrent quand je joue et que je me tais. Quand je parle, je sais que je suis intelligent, mais je coupe et transperce également comme une lame fine. Et je ne m’en rends compte qu’après…et à ce point, c'est trop tard, ma fierté m’empêche de le reconnaître.



Quelqu’un blessé par une telle lame verbale – probablement Islande… - l’avait dit récemment.



« C’est dommage autant de talent gâché. »  



Alors souvent…souvent ces temps ci je parle moins je suppose. Peut-être que la fatigue des cours ralentit ma verve habituelle. Peut-être que c’est l’incertitude constante m’agrippant à la gorge qui me paralyse petit à petit.

Peut-être que je réfléchis bien trop et que c’est bien cela le problème.



Est-ce que je serai encore avec Elizaveta dans…quelques mois ? Un an ? Est-ce qu’elle sera encore à aller de Gilbert à moi, pendant que l’on tente encore lentement de s’y habituer, de s’habituer à la situation, à la manière dont on est censé agir l’un envers l’autre… ? Ou est-ce qu’elle choisira un jour… ?

Est-ce qu’on sera un jour ensemble à se promener et à voir passer un couple avec des enfants dans les bras ou courant entre leurs jambes, et sera-t-on suffisamment forts pour ne plus sentir cette douleur sourde au fond du cœur, pour oser se regarder avec un sourire insouciant… ? Ce « vide »…qui peut seulement être comblé, oublié, quand je la serre fort contre moi.



(J’aimerais imaginer que cela n’a eu aucune conséquence sur moi. Que je peux être stable et là pour la rassurer sans ressentir ces coups de couteau à l’âme quand je pense que quoiqu’il arrive dans le futur, on ne sera jamais parents. Mais c’est faux.)



(Au moins elle me l’a dit. Au moins…elle…m’a fait suffisamment confiance pour cela. Même si elle a deviné que je le savais déjà…même si j’essayais de jouer la comédie sans malaise.)

 

 

 

 

Est-ce que je serai seul un jour… ? Complètement seul ?



Est-ce que dans quelques années…quand je suis censé devenir nation à la fin de ce Cycle Finissant que j'ai commencé…est-ce que je serai à la hauteur ?



J’ai p



Je crains de



…Non je n’ai pas peur…c’est absurde d’avoir peur. De toute façon, je n’ai jamais peur, moi. Jamais.

Ce ne sont que des souvenirs. Ils reviendront tous à temps. Je ne peux pas les forcer…



…Je n’ai pas envie de les forcer. Je préfèrerais en oublier une bonne partie ou les trier…garder ceux qui traitent du sommet de ma gloire, sans devoir discerner le sang sur mes mains. Ceux qui me montrent en tant que père et ne montrent pas le tyran. Ceux qui montrent mon sens aigu de la diplomatie, non pas mon talent pour l’hypocrisie et le mensonge.



Mais faire cela…ne serait-ce pas censurer l’Histoire ? L’édulcorer.



Et cela, je ne peux plus jamais me le permettre.



Alors je me force.

Je lis, je me plonge et je m’immerge dans ces histoires qui créent toutes un écho lointain et familier dans ma tête, je m’y immerge au point de m’y noyer puis d’émerger de cauchemars en sueur  avec des mots à moitié formés  aux lèvres, d’étranges rêves dont je dois décoder les symbolismes…dont je suis censé décoder les symbolismes. J’ai l’impression qu’elle s’injecte dans mon subconscient, cette encre de l’Histoire si ambigüe et changeable dépendant du point de vue. Le drapeau sanglant avec un bandeau immaculé, l’aigle à deux têtes qui gît docilement au sol après s’être brûlé les ailes, les aiguilles de ces horloges délicates qu’affectionnait particulièrement un de mes empereurs, un de mes frères de patrie, Rudolf II l’hermite excentrique, qui se perdait dans les monstruosités et merveilles de ce monde en espérant ainsi mieux régner.




Car quand on est empereur, qu’on comprend le monde et que l’on croit en être le centre, on croit être le point fixe d’un immense mécanisme qui actionne ses rouages et ses aiguilles en fonction de soi-même…on ne peut pas se permettre d’être « soi-même ». On doit devenir moins que Dieu mais plus qu’un homme.

Je ne suis pas un empereur du Saint-Empire.



Je ne suis qu’un garçon aux cheveux en bataille qui écrit de travers au dos d’une partition de musique, avachi sur un piano parce qu’il n’arrive pas à dormir et ne sait pas où aller (et n’ose pas aller la voir car elle risque d’être avec...lui. Avec Gilbert.). Mais un jour je serai une nation. Bien moins qu’un dieu c’est certain, même si notre manière de ressentir et réagir aux moindres fluctuations de nos pays respectifs révèle d’une étrange omniscience instinctive.



Bien moins qu’un homme… ? Bien plus… ? Je ne saurais dire. L’aristocratie a toujours eu la prétention d’être différente du commun des mortels mais cette arrogance ne relève que de la peur panique de ne pas pouvoir être meilleure ou supérieure à qui que ce soit en dehors de ces privilèges factices de sang noble et pur et de liens ancestraux supposément glorieux.

 

 

 

 

 

Et je suis très aristocrate.

 

 

 

 

 

 

J’essaye de relativiser, me dire que…je me mets trop au centre des choses, au centre du monde en pensant que si je m’écroule le monde s’écroulera aussi, alors qu’il continuera de tourner comme avant. Je serai simplement remplacé.



Parfois je veux m’enfuir. Devenir professeur de musique loin, très loin. Oublier tout le monde. Oublier leurs noms, leurs autres noms de nation, son nom tendre et murmuré au creux de l’oreille quand je partage son lit, oublier mes souvenirs, oublier ma famille qui a tout fait pour faire de moi ce que je suis aujourd’hui avant de s’avérer déçue du résultat. Parfois je bois un verre, ou deux, ou six, pour voir ce que cela fait d’oublier un instant. Comme beaucoup de gens, je suppose. Après tout, c’est terriblement banal, ce genre de choses. (Mais ce n’est pas grave, je suis germanique, on boit tout le temps non ? Et puis ce n’est pas tout le temps. Ce ne serait pas modéré, et donc peu digne. Et peu discret.)



Mais dès que je pense cela, je le regrette. Non…toute ma vie est ici, je tiens à toutes ces personnes. (Même celles que je prétends détester…mais je ne pourrai jamais le dire. Je me ferais ridiculiser.) Je dépends tellement d’eux…des autres. De ces souvenirs qui me collent à la peau mais qui en même temps me complètent. J’ai une responsabilité envers beaucoup de gens…je crois. Je dois y croire…que je ne suis pas si facilement remplaçable. C’est peut-être pour cela que j’ai décidé de me présenter aux élections cette année. Même si tout le monde pense que c’est pour faire la morale à un niveau plus officiel (et dans un sens c’est cela)…je suppose que je voulais aussi…savoir que je pouvais aider et parler pour les autres, pas simplement justifier ma propre supériorité. Je suis arrogant je le sais. Et souvent je ne veux que « le bien » des autres mais ils le perçoivent mal. J’essaye de changer cela. Me changer. Tout en restant le même.



C’est comme si j’essayais de nager à contre courant.

 

 

 

Et je ne sais pas très bien nager.

 

Mais je suis aristocrate et je peux ainsi maintenir des illusions formées de principes vétustes qui convaincront tout le monde que je peux être à la hauteur, ne pas fuir, ne pas m’enfermer dans ma fierté glaciale et sombrer sous les vagues…



Il ne reste qu’une personne à convaincre…



Moi.

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Ven 3 Jan - 0:35

NDLJ: Dans cette version rebootée de Roderich, je "rabote" quelques episodes passés: ainsi Roderich n'a jamais eu de relation amoureuse avec Francis, que ce soit avant ou après ou pendant sa relation avec Erzi. Le texte a donc été modifié en conséquence.


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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes Mar 24 Fév - 2:41

Fragments de fond de tiroir, hâtivement réunis dans le classeur brouillon et tâcheté d'encre de brouillons de partitions de musique...qui lui sert de journal intime. Le premier est le plus ancien, il y a plus de neuf mois. Le plus récent date d'aujourd'hui.

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MessageSujet: Re: Correspondances autrichiennes

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