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[ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie

 
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MessageSujet: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Mer 11 Fév - 0:32






"
La musique est une mathématique sonore,
la mathématique une musique silencieuse.

"



Citation :
"Messieurs,

Dans le cadre de la recherche et de votre cursus scolaire, vous êtes convoqués à une quête du Projet Revival, salle PR, à 14h le mercredi 11 février. Vous serez tous deux dispensés du cours de Mathématique et de théorie du Project Revival ce jour.

Vous serez encadrés par un professeur disponible à cette heure.

L'intelligence artificielle vous donnera les détails de votre mission sur place.

Cordialement,

L'administration."


[La pièce en cet après-midi d'hiver semble plus froide qu'à l'ordinaire. Et ce n'est pas le visage factice et impersonnel de l'Intelligence Artificielle qui pourrait y remédier. Cette dernière salua les élèves de sa voix robotique et leur annonce les détails de leur quête.]

''Bonjour Messieurs,

Tout d'abord, merci de bien prendre en compte les mesures de sécurité nécessaires au bon déroulement de l'exercice qui vous ont été détaillées dans le règlement.
Si vous n'êtes pas en état physique ou moral pour la réalisation de cet exercice, veuillez le signaler à l'enseignant présent afin que le nécessaire soit fait. S'il arriverait que vous vous sentiez mal durant la mission, l'exercice se terminera afin de garantir votre sécurité.
Vous serez notés à la fin de cette mission.

Maintenant messieurs, veuillez prendre place dans les assises afin que l'équipe scientifique procède aux préparatifs dans les meilleures conditions.
L'écran à votre gauche vous affichera les derniers détails concernant votre Mission.

[Ce dernier affiche ''14 Octobre 1895. Europe. Zagreb.'']

Votre mission consistera à la vérification du bon déroulement de l'inauguration de l'Opéra National de Croatie. Monsieur Croatie, veillez également à ce que votre hôte soit accueilli comme il se doit.

[ http://en.m.wikipedia.org/wiki/1895_visit_of_Emperor_Franz_Joseph_to_Zagreb ]

La synchronisation commencera dans... trois... deux... un..."





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Croatie/ Tomislav Krleža
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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Mer 11 Fév - 17:28

Résonnait au travers de son esprit embrumé l'irritante rengaine de son réveil. Il ouvrit ses yeux d'un brun terreux avec difficulté, cherchant a coté de son lit son portable, a tatons. Le croate n'avait à présent qu'une seule ambition, celle de faire taire ce reveil qui sonnait toujours décidément trop tôt et accessoirement si il pouvait s'enrouler dans les chaudes couvertures de son lit défait plus longtemps ce ne serait pas de refus. Il attrapa son smartphone en balayant quelques revues empilées sur sa table de nuit et éteignant l'alarme, puis se leva avec difficulté, s'étirant de tout son long. La routine matinale faisait son chemin tandis que Tomislav se vêtissait, omettant comme d'ordinaire de coiffer son épaisse tignasse brune. Il tenta de disclipliner ses cheveux ebourriffés par la nuit en passant ses mains dedans, ce qui les arrangeait tout de même un minimum. Tomislav avait mené toutes ces opérations a moitié à l'aveugle, à la lueur du portable pour éviter de déranger Matthew qui dormait sans doute encore. Une fois qu'il lui semblait tout avoir, il sortit, mains dans les poches, histoire d'aller prendre son café. Il ne mangeait jamais rien d'autre le matin. Le slave se laissait donc porter par sa confortable routine avant d'entammer sa journée et un petit Projet Revival qui promettait d'être agréable. Du moins sur le papier.


La journée suivit son cours et quand vint le moment, il entra dans la salle en retirant ses écouteurs dans lesquels pulsaient un rythme de pop. Pour une fois le slave était en avance. Peut être le sujet lui apportait il plus de motivation que d'ordinaire. Tomislav prit une chaise pour attendre son vis à vis, paisible, dans la salle qui semblait gelée avec son manque manifeste de radiateurs et ses équipements d'un blanc immaculé, tels de saugrenus icebergs. Il ne fallut point longtemps avant que l'autrichien ne daigne imposer sa présence, présence que le croate sut immédiatement remarquer. Tomislav le salua d'un signe de main et d'un "Dobar dan" prononcé avec un certain entrain. Le slave avait prit l'habitude de saluer dans sa langue à laquelle il tenait tant, supposant que dans le contexte n'importe qui pourrait comprendre. Son travail était l'unique lieu ou il s'astreignait à employer l'anglais en guise de salut. Question d'habitude et de fierté.

Il attendit que l'autre élève prenne place avant d'écouter ce que racontait la machine. Roderich était selon lui une personne avec laquelle il avait et voulait avoir de bonnes relations, quelqu'un qu'il estimait assez et qu'il protégerait et aiderait volontiers si celui ci le lui demandait. La Croatie est le pays slave s'étant le moins manifesté contre les Habsbourg en son temps et qui avait gardé de bonnes rélations bien après avec ses anciens suzerains. Il se trouvait même que Autriche l'avait aidé à intégrer l'Union Européenne ce qui n'était pas rien. Cependant Tomislav ne pouvait pas réellement caractériser l'autrichien comme un ami, il restait entre eux une barrière de formalité qu'il ne pouvait franchir car Roderich protégeait ce le concernant. Il semblait dans le paraître alors que Tomislav était dans l'être et c'est cela qui les différenciait.

Une fois la mission dictée, le grand brun alla s'installer sur ces couchettes qu'il connaissait si bien pour y avoir revecu bien des choses. Au fur et à mesure des fois ou il venait ici il lui semblait que quelque chose en lui changeait imperceptiblement. Il conjecturait qu'un jour Tomislav Krleza disparaitrait au profit de Croatie. Chose lui plaisant peu dans la forme, mais à laquelle il se faisait dans le fond. Ce fut une fois de plus qu'il se laissat violemment entrainer a travers la trame du temps, qu'immatériel son esprit remonta une intangible ligne brisée... Tant qu'il pensait presque pouvoir saisir son essence. L'essence du Temps.

Autour de lui il lui semblait percevoir une rumeur sourde. Il lui semblait entendre de l'allemand et du croate en mélange indistinct. Il baissa les yeux. Ses mains étaient gantées de blanc et il portait manifestement un smoking. Croatie ne mit guère longtemps à prendre la place de sa propre conscience, bien qu'il perçoive ce qu'il se déroule. Ce corps gardait la carrure massive qu'il avait toujours eut de même que sa stature haute mais il lui semblait un peu plus agé, pleinement adulte bien que glabre.

Il était peu en confort ainsi soumis aux exigences de la mode de ce siècle. Le croate était bien plus coutummier de sa tenue de hussard qu'il portait lorsqu'il était en fonction, et qui lui assurait en plus d'un style martial, une meilleure fluidité de mouvement. Ici il était soigné, ses cheveux bruns disciplinés sous son chapeau haut de forme, solennel en noir et blanc, ayant troqué la cravate pour un noeud papillon. La mode était au dandysme et pour bien paraître il fallait s'y plier. A ses cotés, sur le quai de la gare de Zagreb (appelée Agram par les germanophone. La capitale pas la gare, il s'entend.) se tenait son ban (vice roi) en fonction, le Hongrois Karoly Kuen-Hedervary, qu'il nommait de son nom croate "Dragutin" avec effronterie. Croatie n'aimait pas vraiment cette homme, de plus ses relations avec Hongrie étaient des plus tendues ces derniers temps. Après les idées de magyarisation des croates quoi de moins étonnant par ailleurs, et depuis les revoltes hongroises, lorsque Jelačic s'était allié aux autrichiens pour les réprimer, la nation slave et magyar bien que toujours réliées par leur bien ancien pacte avaient des relations de plus fluctuantes, et Hedervary n'y remédiait aucunement.

Le train arriva finalement en gare, la foule massée en retrait pour acceuillir l'empereur. Le roi des croates. Franjo Josip selon les slaves, François Joseph autrement. Dans l'idéal Croatie aurait bien aimé attirer l'attention de l'Empereur sur l'arbitrarité et la cruauté de son ban mais il savait pertinement qu'Hedervary se tiendrait de manière exemplaire et ferait valoir ô combien il est digne d'occuper ce poste. Cet évènement, cette inauguration était la plus importante ayant jamais eu lieu en Croatie.

L'empereur et sa femme sortirent suivit du representant de l'Autriche. Croatie salua très poliment l'Empereur avec moult respect ainsi que son homologue dont il etait le vassal. Le ban présenta ses respects, precisant qu'ils étaient ici sur sol hongrois ce qui irrita fortement Croatie qui pourtant ne pipa mot et escorta les personnalités impériales hors de la gare pour qu'elles découvrant un Zagreb décoré, festif, enrubanné de drapeaux croate comme un cadeau d'anniversaire.

- J'ose espèrer que votre voyage fut agréable monsieur Autriche. Bienvenue à Zagreb, ou dobrodošli comme nous disons ici.

Il lui offrit un sourire radieux tandis que le peuple croate acclamait la délégation autrichienne. A l'extérieur de la gare la ville était en liesse et l'on entendait parfois "Živio hrvatski kralj Franjo Josip I !" (Vive le roi de Croatie François Joseph Ier !), tandis que la nation slave tâchait d'acceuillir au mieux son hôte.

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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Lun 23 Fév - 18:09

Si le monde appartenait à ceux qui se levaient tôt, il ne pouvait imaginer pourquoi ils n’avaient pas déjà interdit les réveils aussi brutaux de si bon matin. Le brun peinait à se lever du lit et à se traîner à travers sa routine du matin. Toilette impeccable, maintien parfait, coiffure revue et perfectionnée. Et même si son uniforme était toujours le même, il veillait à ce que pas un grain de poussière ou une tâche disgracieuse le ternisse. Après tout, il avait une certaine image à maintenir, et ce en permanence. Fini les grognements obtus au saut du lit ; dès qu’il poussait la porte de sa chambre il était froid et calme, avec un aplomb et un sérieux exemplaire. D’autant plus, il est vrai, quand on ne lui mettait pas de bâtons dans les roues. Or aujourd’hui s’annonçait plutôt bien. Roderich étudia tranquillement à travers les cours de la matinée, jetant parfois un coup d’œil à sa convocation entre deux feuilles de cours. Messieurs. Allons bon. Une guerre, une alliance… ? Parfois les deux se confondaient. Surtout au sein de son histoire qui se plaisait à édulcorer les conquêtes à coup d’accords et les heureux mariages royaux à coup de trahison.

Mais il tenta de vider son esprit en regagnant la salle du Projet Revival avec, certes, un peu de retard. Il ne pouvait jamais deviner au préalable, se préparer d’une quelconque manière. En poussant la porte, il rejoignit le croate. Roderich lui fit un sourire lisse et poli en le saluant, agissant comme si leur réunion dans ce local des plus neutres ne pouvait lui convenir davantage. Et ce, tentant de mettre entièrement de côté la gêne qui avait demeuré entre eux lors de leur dernière conversation. Ce n’était pas de la faute de Tomislav…ou la sienne d’ailleurs. Celui-ci avait tenté d’en savoir un peu plus sur lui et ses sentiments ; malheureusement pour le croate, tous deux étaient formellement proscrits. L’aristocrate se convenait très bien de leurs échanges agréables et fréquents, sans aller plus loin. Oh, ce n’était pas qu’il n’appréciait pas sa compagnie…bien au contraire. Et ce n’était pas par manque de respect qu’il ne se permettait pas davantage de familiarité ou d’intimité avec le grand brun. C’était justement par respect et estime qu’il refusait de baisser sa garde. Peut-être par désir de ne pas se laisser dépasser par les évènements…demeurer une figure de dignité et de protection. Après tout, leurs deux pays étaient liés depuis longtemps mais sa position était nettement différente, en position de pouvoir. Même si ils étaient tous deux de simples républiques à présent, de tels liens ne disparaissaient jamais aussi facilement. Ils faisaient d’ailleurs tout pour les raviver ici en ces lieux, n’est-ce pas… ?

Alors que leur instructeur artificiel leur expliquait la mission, le regard de l’autrichien s’illuminait. L’Opéra de Zagreb… ? Parfait. Son bon déroulement… ? Comment est-ce que quoi que ce soit pouvait mal se dérouler quand la musique classique s’en mêlait… ? Il ne pouvait imaginer un Projet plus tranquille. Au temps de l’Empire Austro…hongrois. Ah. Le brun demeura un instant pensif, puis balaya ces pensées de côté, s’installant également sur la couchette, fermant les yeux et laissant son corps s’apaiser, attendre les effets de la synchronisation.

Qui était-il par rapport à son pays… ? Cela se compliquait tout autant quand son pays devenait…plus que ce qu’il était, représentait davantage que ses habitants, son gouvernement. Un pays à la tête d’un Empire, lié à une double monarchie plus fusionnelle qu’une simple alliance et plus divisée qu’une unification. C’était compliqué. Cela avait des conséquences. Et ces répercussions faisaient encore écho en lui à travers des sentiments qu’il ne pouvait guère contrôler. Pour l’instant il s’avisa de faire le vide. De compter. Un, deux, tr--

Un sifflement strident se fit entendre alors que son regard balayait le compartiment vide dans lequel il se trouvait. Le train ralentissait alors que le paysage en dehors de la fenêtre se faisait déjà plus défini. Déjà il les entendait, écoutait la musique en grande fanfare et les éclats de chants, comme un écho maladroit de l’opéra qui allait illuminer Zagreb aujourd’hui. Zagreb. Ce mot était étrange à ses oreilles, dans l’état d’esprit qu’il partageait avec sa conscience historique. Agram. Agram était préférable. Il aurait pu prendre un instant afin de réfléchir à la fierté bafouée d’un pays entier dont le nom de la capitale n’était guère pris en compte, mais il n’avait déjà pas le temps, inspectant son visage dans la vitre rutilante du train impérial. Il était plus âgé…un homme qu’on ne pouvait guère encore décrire dans la force de l’âge mais vraisemblablement encore loin du déclin. Son visage pâle aux traits élégants inspiraient à la fois austérité et puissance, alors qu’il s’avisa de former ces lèvres un peu dédaigneuses en sourire calme et bienveillant. Il s’entraînait, tout simplement, aucun mal à cela. Il représentait le pays qui gouvernait celui-ci. Ce sentiment le remplissait d’une énergie nouvelle, puissante et majestueuse. Et pourtant dans ce regard perçant et vif, il ressentait une certaine fatigue. Le sentiment d’être tiraillé de tous côtés, comme si ces territoires satellites sous son contrôle manifestaient leur tension, leur défiance face à l’ordre que son Empire imposait. « Leur » empire, devrait-il préciser dès à présent.

Depuis son union à Hongrie, il n’était plus simplement l’Empire d’Autriche. Davantage qu’une simple facette de leur double-monarchie, il en était l’incarnation tout autant que la hongroise. Tant et si bien que malgré son absence, il percevait sans ressentir cet éclat d’agressivité arrogante, ce sentiment d’appartenance belliqueux associé à ce territoire. Karoly Kuen-Hedervary en était sans aucun doute la cause.
 
Dieu sait comment cela avait été ardu de séparer Hongrie et Croatie. Autant limiter les dégâts tout de suite en venant à sa place ou plutôt en lui sommant de ne pas venir ; le peuple croate n’en serait que davantage apaisé et Kuen-Hedervary avait bien suffisamment de souffle pour se vanter pour deux. Il ne serait pas étonné s’il jacassait pendant l’opéra, ce rustre.

Mais peu importe, mh ? Ce qui appartenait à Hongrie lui appartenait et ce qui lui appartenait...non, passons. Hongrie était à lui. Croatie était donc par extension à lui. Point. Et c’était tout ce qui important, bien davantage que le silence obstiné provenant du la pièce à côté de la sienne logeant l’empereur et son impératrice. Franz Josef, Elisabeth. Deux êtres dont les prénoms si humains le déconcertaient parfois. Le devoir divin n’autorisait pas de place pour la colère ou le chagrin, qui se remplissait de silences. Ces tensions grondaient comme une tempête médiocre, un léger mal de tête, alors que son cœur s’emplissait d’une fierté toute autre dès l’arrêt du train. Pourquoi y repenser… ? D’ici ce soir, Agram connaitrait les plaisirs de l’opéra, son intensité majestueuse. Cette ville et ce pays se rapprocheraient un tant soit peu de l’élégance de Vienne, pourraient saisir l’illusion de sa gloire sans la réalité de sa puissance.

Et tout se déroulerait exactement selon les rouages d’une horloge, les rouages implacables de cet empire et des forces divines et naturelles qui garantissaient à son empereur le contrôle de l’Europe du Centre et de l’Est…
Éventuellement, sans équivoque, le contrôle du monde. Il avait pu se relever de ses défaites, avait vu l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait pas s’effriter puis se reconstruire. Le soleil s’était terni et avait laissé sa froideur mécanique, semblable aux innombrables astrolabes et horloges qui fascinaient un de ses plus excentriques empereurs, Rodolphe II. Autriche n’avait pas compris, plus jeune, le sens de ces machines complexes et délicates. Mais à présent cela lui était clair.

Pour ses empereurs et l’Empire qu’ils maintenaient, chacun avait sa place dans un ordre cosmique et divin.

Chaque rouage dans la mécanique de l’empire était important.

Chaque cérémonie et chaque sourire, chaque promesse que cet empire était bon, protecteur et bienveillant, une bien meilleure alternative à une indépendance aliénante et divisée.

Croatie était essentiel et il se devait de récompenser sa loyauté, durement mise à l’épreuve par l’agressivité du ban hongrois. Ils devaient tous respecter leur place dans cette machine à coup de présents et de convenances.
Il se leva d’un geste élégant et vif, afin de suivre la procession impériale vers la gare. Son pas était digne mais déterminé, une main gantée époussetant avec élégance son vêtement. Autriche était toujours vêtu de noir quand il n’était pas dans son uniforme militaire d’un blanc étincelant et fort peu pratique. Pour une fois, sa tendance à revêtir les habits de la sobriété catholique de la cour de Vienne était à son avantage avec ces nouvelles tenues d’opéra, ces vestons fort bien ajustées, ces pantalons taillés de manières bien plus épurées que les fanfreluches d’il y a quelques siècles. Ajustant son haut de forme, il le trouvait tout de même bien long, et peu pratique…la mode autrichienne en terme de chapeaux semblait déterminée à rivaliser la Tour de Pise. Mais peu importe ; il apercevait déjà Croatie et son ban. Croatie, grand et fort, laissant de côté ses vêtements militaires et son expression calme et stoïque pour un sourire accueillant et heureux au sein d’un élégant ensemble. Il semblait ravi ; certes, il se devait de l’être mais en dehors de l’aura possessive imposée par Hedervary, Autriche pouvait sentir la liesse de la foule, leur enthousiasme. Un évènement d’une telle envergure en Croatie pour la première fois, un évènement impérial… ? Leur bonheur était sincère du moins…il s’amusait à le penser pendant un moment.

Sol hongrois. Mh-hm. Bien sûr. Il écoutait le ban d’une oreille, son expression respectueuse et sa discipline lui empêchant de sourire. Avait-il oublié que le roi de Croatie était autrichien...?

Après avoir payé ses hommages à Hedervary, suivant le couple royal en dehors de la gare, il demeurait à part avec Croatie, répondant à son sourire ravi par un sourire calme et bienveillant.

« Je vous remercie pour cet accueil. Je n’en attendais pas moins de votre
part, cela va de soit. »
Autriche contempla la ville et ses cris de joie, de gloire. « D’ici ce soir un nouveau joyau sertira à la splendeur d’Agram, »
poursuivit-il, sereinement, ignorant le terme Zagreb. Il n’existait plus, ce nom, de toute manière. Sa version perdurerait à travers les siècles. « Je suis fier d’assister à cet instant de culture et de partage entre nos peuples. »

Partage.
Domination.
Un rouage comme un autre.
Et pour l’instant, tout se déroulait à la perfection.

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Croatie/ Tomislav Krleža
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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Mar 24 Fév - 23:21

http://1.1.1.1/bmi/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/71/Slavoluk_Zagreb_1895..jpg

La voix doucereuse et le ton mielleux de l'autrichien résonnaient aprement aux oreilles du slave. Tout comme cet air qui sous de faux semblants, conservait une fatuité propre à la caste haute, lui rapellant subtilement, sous couvert d'amabilité ou était sa place. Croatie connaissait parfaitement sa place, une place qu'il avait lui même élu il y a déja tant d'année. Le sabor avait choisit qu'il serait vassal de l'autrichien souverain et la décision du sabor avait pour lui plus de valeur que celle de n'importe quelle autre institution. Courbant l'échine, pliant le genoux, mis en laisse comme un chien de garde, la nation en conservait néanmoins une certaine dignité. Il restait slave, au sens premier du terme. "slave" signifie "gloire". Une gloire ternie par des siècles de servitudes et d'alliance inutile, mais tout de même vivace.

Agram. Ce mot résonnait, étranger. Le croate en comprenait le sens sans le saisir. La ville de son coeur, le foyer de son existence avait un nom aux sonorités apres et douces, roulantes et rudes. Zagreb. Encore une fois il ne disait rien à cette innocente provocation, il se contenait avec un sourire tel qu'il le faisait aux milles autres. Le couple austro-hongrois se plaisaient a lui rappeller que tout ce qu'il avait de plus cher était avant tout a eux. Sa terre, sa force, ses industries, son peuple. Sa langue était rendue obsolète il devait adopter le hongrois ou l'allemand pour se faire comprendre. Malgré tout cela il était fidèle, esperait reconnaissance. Il s'était damné d'amour pour la hongroise qui l'avait écrasé en retour, qui lui avait imposé un joug étouffant en la personne de Khuen-Héderváry.

Le croate était un homme rude et plus rompu aux échanges martiaux qu'a la vie de cour, mais il avait appris à dissimuler ses trop expansives émotions, vivre à la mesquine et retorse manière d'une cour telle que celle de Vienne. L'hypocrisie est reine dans la caste haute, que malgré son sang non bleu, il parvenait à comprendre, bien qu'il se tienne éloigné de ces jeux de pouvoir. Ainsi il maintenait un sourire calme et irradiait une tranquille assurance.

- Assurément. Agram pourra se flatter de se rapprocher quelque peu de la grandeur de Vienne

Il s'amusait à user d'esprit, jouer le jeu des flatteries, entrer dans un domaine qu'en tant que chien servile il n'aurait su entrevoir. Mais le slave était intelligent, c'était ce qui lui avait permi de conserver malgré tout toujours un semblant d'autonomie, une reconnaissance particulière et un statut privilégié par rapport aux autres slaves.

- Cette fierté est réciproque. C'est un réel honneur de vous voir ici aujourd'hui. Laissez moi vous guider jusqu'a l'Opera sans attendre, il ne faudrait point laisser l'Empereur nous distancer de trop.

Il le guida donc à travers la ville, tâchant de ne point grimacer aux "eljen" hongrois qui en couvraient presque les "živio" croates en guise de vivats. Une initiative d'Hedervary, de même que les drapeaux hongrois flottant de ça, de la dans la capitale. Garder son self control. C'est ce que Croatie s'astreignait à faire, tâchant d'entretenir une conversation triviale avec le germanique à propos des travaux remarquables de certains inventeurs de ce siècle. Marchant ainsi ils passèrent au niveau de la place Tomislav Ier, nommée ainsi selon le premier et le plus illustre des rois croates. Ici avait été dressé un arc de triomphe supposé porté les drapeaux autrichiens et croate. (voir photo d'archive ci dessus). Supposé. Car un drapeau Hongrois avait été placé la, a l'insu de la nation slave. Son expression s'assombrit un instant. Sa main eut un tremblement nerveux tandis qu'il prenait sur lui pour ne pas crier de sa voix grave le nom de son ban juste devant lui. Il se maitrisa. Cela passa comme un instant mais pour lui l'épreuve était rude.

Hedervary lui interdisait de réunir les deux territoires croates, la Croatie-Slavonie et la Dalmatie, écartelés entre la couronne autrichienne et la couronne hongroise, Hedervary encourageait de dures sanctions envers son peuple, Hedervary cherchait a magyariser sa culture. C'était également lui qui avait initié l'inimité serbo-croate. Il avait commencé à envenimer la relation qu'il entretenait avec son voisin. Avant Croatie n'avait réellement aucun à priori négatif envers l'autre slave. Maintenant la situation était des plus tendue. Il laissa échapper un leger soupir comme si sa crispation momentanée était l'effet d'une cause extérieure.

- J'espere que la distance ne vous éreinte point de trop. Nous arrivons.

En effet se découpait non loin, massive et empreinte de majestée, la silhouette de l'Opéra, alors que l'aristocratie croate affluait sur la place, recevant comme il se doit les souverains et les deux entitées nationales, assorties par l'uniforme, disparates par l'esprit.



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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Jeu 26 Mar - 16:50

L’Autriche n’était pas facilement satisfaite par quoi que ce soit ou qui que ce soit – blâmez une certaine austérité s’alliant à un complexe de supériorité et de perfectionnisme à toute épreuve. Pourtant il était agréablement surpris et fort satisfait par le ton conciliant de son interlocuteur croate. Il avait toujours considéré celui-ci incapable de telles politesses bien tournées, et son utilisation du mot germanique afin de nommer sa capitale était une légère victoire en plus. Sur un territoire depuis longtemps conquis, que restait-il comme victoire à savourer, pouvait-on se demander ?

Celle de l’esprit, celle de la culture et de sa soumission au partage, à l’échange qui sous ses airs bon enfants privilégiaient le rayonnement incontestable de Vienne, de la ville impériale et de ses pratiques, ses coutumes. L’assimilation serait subtile et sans concessions. Mais Croatie jouait le jeu depuis le début, remarquait Autriche. Il avait bien plus de considération à son égard à travers la docilité de son attitude, ce qui lui permettait par ailleurs de faire abstraction de quelques libertés. Ils étaient dans une relation de supérieur à inférieur qui fonctionnait néanmoins par une dépendance et un respect mutuel. Mais oui…que serait cet Empire sans Croatie… ? Il fallait en prendre soin. Et honorer le multiculturalisme de l’Empire tout en l’influençant à se rêver autrichien. Ou austro-hongrois…plutôt.

"Je vous suis. Il serait effectivement malvenu d’arriver en retard. Mais je remercie la lenteur du cortège impérial qui me permet d’apprécier votre ville en liesse…"

Il le suivait, regardait autour…l’influence et la domination hongroise se ressentait avec une main ferme de cris de joie en hongrois et de drapeaux chatoyants. Le peu qu’il y avait de hongrois en lui, tissé avec grossièreté en lui comme un fragment de conscience depuis son alliance impériale, s’en réjouissait avec une satisfaction féroce. Et le reste de son être se vexait quelque peu face au manque de drapeaux rouges et blancs. Autriche s’arrêta un instant devant le splendide arc de triomphe, laissant échapper un léger sourire calme ; lui ne pouvait pas comprendre le trouble instillé chez le croate, ne pouvait pas savoir ce que ce drapeau lui faisait. Ou alors il comprenait mais faisait semblant de rien, et remarqua son tremblement de main avec un léger haussement de sourcils.

"Point trop éreinté, non…ce parcours est fort plaisant. Bien qu’il manque quelque peu de rouge et de blanc."

Il s’agissait tout de même de la moindre des choses, quand on accueillait l’empereur d’Autriche. Et même si il s’agissait sans doute de la main de fer du ban hongrois, il n’avait pas de raisons d’être indulgent par rapport à cette légère maladresse, malgré son calme tranquille. Il balaya la remarque de côté quand ils arrivèrent, saluant avec un sourire lisse et parfait l’aristocratie croate, tout à fait à l’aise dans cette ambiance de platitudes et d’élégance.

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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Jeu 26 Mar - 18:52

Le slave savait pertinemment que la dernière remarque n'avait rien de trivial et d'innocent. Le ton avait beau être calme et posé, le moindre désagrément du puissant constituait un mauvais point. Une lourde erreur. Croatie ne devait jamais être las de génuflexions, toujours se pencher plus bas, plus bas, fouler aux pieds son identité. Josip Jelačić , le grand ban, le plus grand et le plus glorieux de ce siècle au regard de la nations avait déployé des efforts impressionnants, avait calmé pour un temps toutes les agitations slaves et avait mené la guerre pour l'Autriche, sans qu'aucune reconnaissance ne rejaisse sur sa postérité. Dernier ban croate de Croatie jusqu'en ces années peu joyeuses. Lui qui avait serré dans ses bras l'archiduc Jean- Baptiste et souffert de la faiblesse de Ferdinand avait quad même annoncé, au sein de Vienne devant de multiples témoins, a la fin d'une émouvante harangue « Je veux, mes frères, une Autriche grande, forte, puissante, libre et indivisible. Vive notre belle patrie ! ».

- Cette bévue saura être réparée lorsque vous aurez l'occasion de porter votre regard sur l'intérieur de l'opéra.

Après tant d'efforts déployés par les croates pour créer des liens avec l'empire, ceux ci n'en étaient pas bien mieux lotis. Croatie faisait son possible même pour calmer les autres peuples slaves et éviter que cet empire trop gourmand ne croule sous son propre poids pluriethnique. En vain. Il était trop peu rétribué pour ses efforts, et plus il donnait, plus on en profitait. Il en tenait avant tout grief à la nation hongroise. Il savait pertinemment que des étudiants projetaient d'ailleurs de brûler le drapeau de la chère magyare sur la place principale de la capitale, mais le cortège de l'empereur ne passant point pas la il n'avait pas à s'en soucier. Pour l'heure restait simplement l'Opéra majestueux et la perspective de le faire découvrir à ses hôtes autrichiens. L'aristocratie Zagréboise ici réunie montrait tout le contraste des hommes dans leur costume sobre et cintré et les femmes dans leurs abondantes et chatoyantes robes a crinoline ou a tournure.

Le croate redoubla d'urbanité devant cette assemblée de ses citoyens. Il leur témoignait l'affection qu'une nation à envers son peuple avec la retenue seyant à la situation. Bientôt, il fallut entrer pour que l'empereur puisse profiter de l'intérieur du bâtiment. Le croate n'avait pas menti sur le fait que ce qu'il n'y avait pas de drapeaux autrichiens au dehors se trouvait à l'intérieur, mais Hedervary dans son orgueil bouffi de vieil hongrois avait avant tout souhaité montrer que la Hongrie était partout ici. La Croatie ? Un territoire administré, un petit croissant ridicule ramassé dans un coin de la péninsule des Balkans. Enfin, un croissant morcelé, éclaté. Rien, en somme. Ils entrèrent, de manière cérémonieuse comme l'exigeait le protocole et allèrent saluer la foule attendant encore à l'extérieur à un balcon prévu à cet effet. Sous le riche dais dressé la, les puissances saluaient avec condescendance la foule. François Joseph, de manière symbolique et cérémonieuse donna l'ouverture en marquant un coup sur une colonne du balcon avec un marteau en argent forgé pour l'occasion par Robert Frangeš-Mihanović, meilleur sculpteur croate de l'époque. La représentation n'aurait pas lieu dans l'immédiat, aussi pour l'heure, la délégation fut conduite après cela la ou ils pourraient se reposer du voyage et se restaurer quelque peu, tout en profitant de l'atmosphère de liesse croate...

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***

17h. La salle était bien remplie. De leur loge royale, ou le croate avait du s'absenter quelques instants pour voir Ivan Zajc, le chef d'orchestre et compositeur, les autrichiens pouvaient voir toute la scène et bénéficier de l'acoustique du lieu richement décoré. Le rouge et la blanc étaient à l'honneur, de même que l'or. Croatie ne s'était pas longtemps absenté cela dit, il avait besoin d'encourager son meilleur chef d'orchestre qui n'était plus tout à fait aussi fringuant que dans ses primes années. Zajc avait passé une partie de sa vie à Vienne ou il s'était rendu célèbre et apprécié par ses opérettes. Ici, il allait donner une de ses œuvres, l'Opéra Nikola Subic Zrinski, que Croatie appréciait tout particulièrement car il était intégralement en langue croate. Ce n'était pas un affront, c'était au contraire, pour montrer à l'élite autrichienne que la Croatie inscrivait son identité dans une culture classique, en investissant sa langue.

- C'est une composition de monsieur Ivan Zajc qui dirigera également l'orchestre. En espérant que ce modeste opéra trouve grâce a vos oreilles.

Il sourit à son homologue germanique a la suite de cette entrée en matière, attendant le lever de rideau, attendant d’entendre des notes qu'il connaissait bien, attendant U boj pour que son âme vibre au rythme du chant patriotique, se gardant bien sur de chanter avec sa voix grave les notes de chacune des mélodies de cet opéra...

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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Dim 26 Avr - 16:37

"Vous m’en voyez rassuré et impatient à la fois."


Il se satisfaisait pour le moment de la réponse du croate, avec un air calme et bienveillant, un léger signe de la main comme pour lui pardonner cette "bévue" tout en signalant clairement qu’il s’attendait à davantage. Même si au fond, ce n’était qu’un détail, tout détail comptait. Et après tout, le plus important s’agissait bien de cet opéra où se concentreraient les puissants d’Autriche et de Croatie dans une célébration de leur relation, où les jeux de domination et d’échanges se joueraient en silence du côté de ses acteurs principaux, noyés par l’orchestre et les voix en harmonie.
Alors que le croate et lui-même saluaient et échangeaient quelques mots avec leurs compatriotes respectifs, puis entraient dans le bâtiment effectivement enrubanné de rouge et blanc, il remarquait bien son attitude chaleureuse qu’il tentait de retenir pour s’adapter à la situation formelle. Il savait jouer le jeu, Croatie. D’une certaine manière, Autriche testait sa loyauté depuis bien longtemps…une loyauté qui avait de quoi être durement mise à l’épreuve par les tensions entre Croatie et Hongrie. Or, si le croate était suffisamment fort afin d’endurer les caprices de son ban, il ne voyait pas pourquoi il avait à changer quoi que ce soit. Cela n’était nullement dans son intérêt. Au balcon, le coup de l’empereur sur la colonne avec le marteau en argent le sortit de ses pensées et déclencha à tous leurs applaudissements ainsi que les cris de joie de la foule. Le temps de pause avant le spectacle avait de quoi le rendre impatient ; son amour de la musique l’emportait évidemment sur le repos et la nourriture dont il avait à peine besoin ! Mais soit, le couple impérial tout comme le ban se devaient d’être de bonne humeur et bien reposés pour les quelques heures à venir. Et son peu il était installé avec Croatie au balcon et fixait l’immensité de l’espace rutilant de rouge, blanc et or tout en écoutant la nation avec un intérêt renouvelé lors de son retour.

"Herr Ivan Zajc… ? J’ai déjà vu une de ses œuvres, à Vienne, il y a de cela quelques années…" Ou quelques dizaines d’années. En tant que nation, ne perdait-on pas le fil du temps ? "Ce choix associe une virtuosité hors pair à la splendeur de ces lieux…"

Il sourit calmement à Croatie à ces mots, sa voix déjà un murmure. Il n’aimait pas les éclats de voix avant un spectacle et les rires et discussions trop bruyantes dont ses dignitaires avaient le secret l’agaçaient. Mais il n’avait pu s’empêcher ce commentaire, comme pour radoucir son ton par rapport à sa remarque de tout à l’heure. Cette fois, il était apparent que Autriche était bien plus intéressé par le choix du compositeur et chef d’orchestre, que par des farandoles rouges et blanches. Esprit changeant ? Non, mais cultivé avec une passion qui le rapprochait bien plus, parfois, de son peuple et de ses artistes que de cette cour parfois si stérile d’émotion et de sensation, sauf quand elle servait un intérêt spécifique. Mais ici, le choix était judicieux au-delà du talent de leur compositeur. Il avait vécu et travaillé à Vienne…Vienne, ville de la musique qui attirait les meilleurs esprits et était le lieu de création des morceaux qui poussaient à la passion, à la colère, aux larmes. Vienne se plaisait à garder ses musiciens comme une mère possessive. Mais quand ses oiseaux s’envolaient à nouveau de ce lit de plaisir et d’effervescence de personnages illustres, son influence rayonnait à travers l’Europe.

Il garda ses réflexions en se calant dans son fauteuil alors que le rideau se levait et les notes commençaient à s’élever, pures et puissantes. Le style était tonitruant et splendide, glorieux et avec néanmoins une honnêteté et une pureté désarmante. La langue croate à ses oreilles le surprit un instant…lui qui avait l’habitude des opéras en italien ou, tout au moins, en allemand ! Puis il se souvint, il y a un peu plus d’un siècle, du combat passionné d’un jeune Mozart, têtu et bravache, qui tenait absolument à écrire son opéra en allemand au lieu de l’italien traditionnel afin de pouvoir honorer cette langue et sa culture au cœur de Vienne et du Saint-Empire Romain Germanique, au lieu d’en rester à une langue qui ne lui parlerait pas, ne parlerait pas à ses spectateurs ou ses chanteurs.

Il observait les gestes du chef d’orchestre, qui, malgré son âge avancé, communiquait le feu de ses notes avec une intensité et une passion farouche. Croatie voulait lui montrer qu’il désirait imiter la splendeur de Vienne mais qu’il ne le ferait pas au profit de sa langue, de son héritage. Il repensa au nouveau nom de la ville, germanisé, qu’il avait évoqué comme une piqure de rappel. Croatie s’était plié à cela sans rien dire. Mais soudain, dans le contexte de l’art, d’une expression sans limites et sans restreinte, il avait l’impression qu’il contrecarrait fermement cette invasion de langage. Et il le faisait de la manière qui allait droit au cœur comme une flèche, alors que ces chants forgeaient de leurs volutes subtiles une histoire vibrant de loyauté et de sacrifice, d’héroïsme et de puissance morale.

Nikola Šubić Zrinjski. Il connaissait ce nom. Il se souvenait de ce personnage. Ban de Croatie au 16ème siècle, il avait férocement combattu contre les Turcs. Avec ses troupes il avait prêté main forte à l’armée impériale lors du siège de Vienne. Quand ils étaient plus jeunes, quand il se battait encore au côté des mêmes nations dont il se considérait le maître, quand ils étaient encore capables de se soutenir, côte à côte.

Ces souvenirs le heurtaient de plein fouet alors qu’il voyait son incarnation chanter son sens du devoir, celui de défendre la ville hongroise de Szigetvár contre les turcs, son armée de 2000 contre 100 000, un pari suicidaire. Oh, non il ne pouvait pas tout comprendre à la perfection mais alors que l’histoire se déroulait et que les costumes et décors aidaient à la « lecture », ses propres souvenirs aidant, il fixait et écoutait cet homme, cette incarnation de toute la loyauté et la résilience croate, qui préférait se jeter dans la gueule du loup plutôt que s’avouer vaincu. Il célébrait la stratégie imparable de cette narration face à l’élite croate, autrichienne et hongroise. La confirmation de la loyauté de la Croatie à l’Empire tout en assénant sa fierté nationale. La rappel du véritable ennemi contre lequel ils se liguaient, la Turquie. C’était parfait. Même le ban serait satisfait. Mais au-delà de cela…une étrange sensation parcourait l’autrichien pâle et élégant, sa gorge un peu nouée, son cœur battant, pris et emporté par l’émotion du spectacle, tout en laissant paraître un léger sourire fier. Il pouvait comprendre la fierté brûlante du croate, son désir de demeurer lui-même tout en comprenant l’autorité que l’autrichien et la hongroise exerceraient à jamais. Le feu de cette conviction paraissait brûler en lui tant il était enflammé, persuadé par cet opéra.

Peut-être un peu trop intensément. Non. Quelque chose brûlait réellement…concrètement…pas loin d’ici. Et le concernait directement. Il pouvait le sentir même si il ne comprenait pas. Autriche se garda bien de laisser transparaître cette douleur brûlante ; Croatie aurait pu la percevoir comme de la désapprobation et pour la première fois depuis son arrivée, il se souciait de ce qu’il pouvait penser.

Alors que l’opéra se terminait, glorieux et spectaculaire, il se levait comme les autres afin d’applaudir et acclamer le chef d’orchestre, grimaçant légèrement un instant de douleur avant de sourire de nouveau, se tournant vers Croatie d’un air admiratif. Fier de cet équilibre délicat qu’il avait réussi à atteindre, de la musique qui avait en un instant, crée un lieu d’entente entre leurs deux partis bien plus puissant que ce qu’il avait pu imaginer. Les mots lui manquaient en cet instant, et il posait une main ferme et bienveillante sur son épaule le temps de les trouver.

"Félicitations…vous vous devez être fier face à une telle performance."

Il ajusta distraitement son jabot, essayant de trouver la source de ce mal brûlant, confus un instant, regardant l’empereur à son balcon qui était en train de parler avec le ban, son attitude tout aussi positive et élogieuse que la sienne. Etait-il blessé… ? Non…bien sûr que non. Il se reprenait.

"Nikola Šubić Zrinjski aurait également été fier. Je me souviens bien de lui et cet opéra lui fait honneur." Il eut un léger sourire presque chaleureux. "Ses exploits, tout comme les vôtres, méritaient d’être immortalisés en musique."

L’immortalisation pouvait être un concept certes différent pour un être qui l’était déjà par rapport à ses mortels compatriotes. Mais le croate comprenait sans doute où il voulait précisément en venir.

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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Dim 26 Avr - 21:05

Les notes s'élevaient. Tort était de penser que le peuple croate était barbare et inculte de nature. Les croates avaient en eux déjà un sens des arts que l'influence de Vienne n'avait pas su entièrement transformer. Parce que les croates sont avant tout des slaves il y avait toujours ce puissant orgueil propre à leur race tribale. La musique avec les autres arts avait toujours eu son importance au sein de la culture croate. Croatie aimait particulièrement les chants, la voix humaine, cela étant illustré depuis le Moyen Age par les chants liturgiques et grégoriens. L'Eglise croate ayant une influence très importante sur le pays, la musique sacrée fut durant le Moyen Age bien plus représentée que la musique profane si l'on exceptait les chansons populaires.

Il ne fallait donc pas voir en cet Opéra un ersatz de Vienne, mais bien la quintessence de l'âme slave, glorieuse, puissante, chantant les valeurs d'un pays qui s'était toujours battu avec courage, qui avait toujours défendu la cause à laquelle il adhérait loyalement. Croatie était loyal, on ne pourrait jamais lui retirer cela. Quelles que soit les mises à l'épreuve il était difficile de faire céder la nation quelle que soit la manière de laquelle on s'y prenait. Mais celui arrivant à le faire rompre ses engagements et à s'attirer son courroux pouvait le regretter bien amèrement car le slave ne s'enflammait jamais à moitié et n'avait pas peur des représailles, pouvant faire preuve d'une féroce cruauté. Zrinjski était très représentatif de ces valeurs, bien que dirigeant d'un bataillon d'homme il ne restait pas en arrière à attendre que ses hommes se fassent massacrer par les Ottomans, non. Le croate était passé, ayant appelé ses soldats « mes frères, mes amis », sachant qu'il allait au devant de la mort, sachant que son acte de bravoure ne serait pas vain.

Si Croatie affectionnait particulièrement un des derniers chants, U boj, c'est qu'il illustrait parfaitement l'esprit croate, qu'il marquait l'attachement qu'avaient entre eux tout les membres du peuple croate et donc l'attachement à leur nation. Le croate ignorait si toutes les nations nourrissaient comme lui un amour presque fraternel pour leur peuple, une sorte de patriotisme qui n'avait absolument rien de narcissique. Dans son esprit se formaient les paroles, qu'il connaissait depuis bien longtemps en somme. Ce chant avait été écrit avant l'Opéra lui même. Pas bien longtemps avant à l'échelle d'une nation, mais il était tout de même indéniablement détaché du reste.

A l'issue de la représentation le croate regarda son homologue pour guetter en lui ses réactions. Trop absorbé par le récit qu'il connaissait presque par cœur, autant pour l'avoir vécu que pour avoir guetté le travail de Zajc, il n'avait pas vraiment eut la présence d'esprit de se concentrer sur ses impériaux invités. De même qu'il avait également senti pendant la représentation ce feu, cette tentative d'immoler le symbole hongrois qui s'était soldée par un échec. Il ne doutait pas que ses étudiants remettraient ça, cela dit. Enfin, si l'autrichien ne manifestait pas de réaction face à cela c'était sans doute qu'une tentative n'était pas un événement assez conséquent, bien que Croatie en ait retiré une furieuse envie d'aller narguer son hongrois ban, de détruire devant lui ses magyares prétentions. Mais le slave avait du self control, comme toujours et il était hors de question de montrer quoi que ce soit au invités. Cela ferait sans doute trop plaisir à Hedervary qu'une effronterie de sa part justifie les mauvais traitements qu'il se plaisait à lui infliger.

L'autrichien se fendit d'une de ses très rares remarques sincèrement admiratives. Avec le temps, le croate avait appris à lire un peu dans son jeu, à décrypter son panel d'émotions a voir derrière le vernis aristocratique. Ou du mois en partie, mais c'était bien suffisant pour ne pas avoir une conversation de sourds, et entrer dans la danse (ou dans la valse) sans peur de faux pas accidentels. Si il maîtrisait la langue de Freud et de Goethe de manière à pouvoir faire la différence entre les registres, les intonations, pouvoir adopter une élocution raffinée faisant presque oublier son caractère de nation soumise au joug impérial, il savait que cela ne suffisait pas parce que tout ces mots étaient remplis de vent. Ils n'avait pas un caractère chargé de conscience et d’émotions humaines semblaient t'il pour l'autrichien, ils étaient presque fonctionnels et froids lorsqu'il s'agissait de communiquer. Mais Croatie savait que la musique était la vraie langue de l'Autriche, quoi qu'on en dise. Au même titre que le croate pour lui faisait, par ses intonations, par son caractère qui n'avait rien de guttural, se présentant presque chantant à l'oreille, naître des sentiments, des sensations, des émotions, que les mots pouvaient traduire ce qu'il était impossible de dire dans d'autres langues, la musique était celle qui régissait le cœur autrichien et ravissait ses sens.

Croatie s'était de très multiples fois rendu à Vienne, il y avait même vécu quelque temps. Chaque capitale renferme une part très concentrée de l'âme d'une nation. Certes pas toute. Il y'a bien des différente entre Zagreb et la Dalmatie par exemple. Mais se trouver au cœur même permettait d'avoir un bel aperçu, si l'on était un tant soit peu attentif, de l'harmonie complexe d'un peuple. Le slave avait consentit à apprendre cette musique, car il savait qu'avec l'autrichien il n'allait pas apprendre de la musique à proprement parler, il allait apprendre à communiquer. Car la communication ne sert pas à échanger des instructions, elle sert à tisser des liens forts ou transitent des choses ne pouvant être décrites.

Mais si Autriche n'avait pas le moyen présentement de manifester son enthousiasme actuel par ce langage qu'il affectionnait, il s’astreignait à traduire sa pensée, dans une langue bien plus propre aux humains. Croatie réussit à percevoir tout de même que ces flatteries n'étaient pas vaines, que cet Opéra avait communiqué mieux que le croate ne l'avait fait depuis le début. Alors, la nation slave fut tentée d'abandonner le langage trop formel, pour que sa réponse soit plus représentative de sa personnalité et du fait qu'il soit réellement touché par cette réaction très positive.

- Je suis sincèrement très touché que ce soit apprécié.. Comme ça. Comme ça l'est. Hvala lijep*. Nikola Zrinjski était un très grand homme, comme Josip Jelacic le fut aussi. La musique à cette force qu'elle ne sublime pas seulement des personnalités, elle illustre à travers aux beaucoup beaucoup de choses.

Il lui semblait que la réponse qu'il avait apportée était un peu brouillonne, mais elle était bien plus proche de sa pensée qu'un discours pompeux. Parce qu'il avait toujours été comme ça, un peu brouillon, un peu rude, très expansif.

- Je suis content que vous aviez pu assister à cette représentation, je dois dire que cet opéra à pour moi énormément de sens.

La salle se vidait progressivement, après les saluts, après les vivats. Croatie avait prévu que la visite s'étalant sur 3 jours, le reste des activités aurait lieu le lendemain. La délégation autrichienne logerait dans un très beau bâtiment, et souhaiterait sans doute de passer la soirée au calme, loin des mondanités, aussi il laisserait le repas libre, des domestiques étant assurément à disposition. Il ne proposa pas à son homologue de loger chez lui parce que sa demeure était modeste en comparaison de l'immense propriété que possédait l'autrichien, bien que sa maison lui convienne parfaitement.

- Il a été prévu que vous soyez conduit à vos appartement avec votre délégation, tout ce dont vous aurez besoin sera sur place. Je viendrais vous chercher le lendemain, il y aura un grand bal au Kolo.

Croatie attendait simplement d'accompagner ses invités à leur résidence. Il doutait de beaucoup dormir cette nuit la, il n'aurait sans doute pas beaucoup de répit tant que tout cet événement ne sera pas derrière, bien que toute cette liesse lui plaise bien...

*merci beaucoup

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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Mar 16 Juin - 18:26

Oui, la réponse de Croatie était…oh, quelque peu maladroite. N’importe quel dignitaire autrichien de petite province l’aurait mieux formulé. Et même au sein de sa fierté et de son appréciation aussi subite que sincère, il le savait avec une précision froide et calculée qui allait de pair avec un sens de l’étiquette et de la diplomatie impeccables. Car c’était le monde dans lequel il s’était enfermé au final. Les guerres qu’ils combattaient, au final, qu’en était-il ? Plus de conquêtes, plus même de mariages, du moins pas autant qu’avant…non finalement il ne s’agissait que de traités, d’accords et de signatures.

Depuis combien de temps avait-il choisi de se battre ainsi, plutôt que de se lancer corps et âme dans la bataille, dans la tourmente rendue romantique et théâtrale par l’opéra qui venait de se dérouler sous leurs yeux ? Il ne le savait guère. Mais il le voyait clairement : Croatie n’avait peut-être pas l’étoffe d’un politicien ou d’un diplomate, mais il pouvait se fondre dans la population, être aux premières lignes du combat même si son uniforme cérémonial semblait bien trop rigide pour l’occasion. Et même si il louait sa propre position, aux côtés de sa noblesse, de sa cour, bien loin du petit peuple duquel il s’était de plus en plus éloigné ces derniers siècles…il se posait la question. Qui des deux était mieux préparé pour l’avenir… ?

Un décalage se créait entre la voix du peuple et celui de la couronne impériale. Il le ressentait sans pouvoir communiquer entre ces deux mondes…sans pouvoir faire quoique ce soit, à vrai dire, mis à part participer au présent qui se déroulait devant lui. Mais serait-il impossible de faire quoique ce soit avant l’inévitable… ?  

"En effet, la musique est l’ersatz de tout un peuple…et des liens qu’ils souhaitent tisser." Il eut un sourire calme et impérieux, levant la tête, admirant pensivement les dorures et décorations, le rouge et le blanc.

"En 100 ans, j’espère que j’aurai l’occasion d’écouter cet opéra de nouveau et de me rappeler de ce lien, qui perdurera au-delà du temps et au-delà des convenances diplomatiques."

Son regard se posait sur l’empereur, encore occupé à serrer la main de son entourage, à saluer et à sourire. Comme lui, il n’était qu’un symbole, au final. A la fois invincible et impuissant devant la vague de l’Histoire qui pouvait les emporter, balayer un Empire comme un vulgaire château de sable, ne laissant que quelques souvenirs grandiloquents, et plusieurs regrets. "Que cet endroit survive au temps autant que nous le faisons…sinon davantage."

Après tout, ils ne survivaient jamais entièrement. De siècle en siècle, ils ne pouvaient demeurer un lieu dont l’inauguration se figeait en un temps précis, un temps de gloire. Même quand ils étaient en ruine, ils inspiraient quelque chose aux générations future, quelque chose qu’on ne pouvait leur retirer. Il toucha distraitement le bois du balcon, fixant en contrebas la salle qui se vidait. Oh, ils seraient tous morts dans une dizaine, une vingtaine d’années…sinon moins. Il suffisait de peu…une maladie grave, un accident…
Un assassinat. Un coup de feu.

"Je dois dire que j’étais surpris de l’entendre dans votre langue d’origine. Mais le sens du symbole dépasse celui des mots en soi. Et…j’applaudis ce choix."

Il se tournait pour l’observer. Croatie…honnête et direct par-dessus tout, et contrairement aux autres, doté d’une fidélité envers lui qui, parfois, déclenchait quelque émotion au creux de son cœur d’empire qui se plaisait à contrôler et à prendre, mais à donner en retour seulement quand cela l’arrangeait.



Peut-être était-ce de la culpabilité.



"C’est moi qui vous remercie pour cette représentation et votre accueil." Ces mots étaient quelque peu maladroits. Non pas parce qu’il les auraient mal formulés en allemand, mais parce qu’il les disaient en croate. Décidément…oui, cela devait être la beauté de ces paroles transposées en musique.
Mais rien d’autre. Et l’instant passa.

"Je vous suis donc – j’ai hâte d’assister au bal…sans doute, votre valse ce sera améliorée depuis la dernière fois, non… ?" Une ombre de sourire et un soupçon de bonhomie, mais cette fois en allemand. Il pouvait parfois se radoucir mais…pas trop. Jamais suffisamment pour baisser sa garde. Et en jetant un dernier coup d’œil à la scène désormais vide et silencieuse, étouffée par les épais rideaux rouges, il le suivit.

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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie Mer 24 Juin - 22:03

Lorsqu'il entendit sa langue, le slave ne put s’empêcher de saluer l'effort, mentalement, en quelque sorte content de le voir user de cet idiome. Il lui rendait bien honneur, et cela suffisait a le satisfaire. Dans la région du Burgenland autrichien, se trouvait (et se trouve encore) une importante diaspora croate arrivée ici lorsque certaines population avaient fui les guerres ottomanes. Par cela, il n'était guère étonnant qu'Autriche connaisse le croate, du moins, bien qu'ils ne conversent jamais en faisant usage de cette langue, Croatie avait toujours été convaincu qu'il la parlait, ne serais ce parce que il lui en avait sans doute fait lui même part de quelques mots.

Et c'est sur ce que la machine les ramena vers le présent, vers le moment de raconter leur vécu passé, vers son existence d'étudiant. Un instant Tomislav resta la, allongé, sans pouvoir vraiment réaliser qu'il n'était plus ce Croatie du passé, forcé de faire des courbettes devant l'Empire. Il lui restait en mémoire des mots de langue allemande, mais cela s'estompait aussi vite qu'on songe. Restait cependant, tenace, la pesante certitude que cet Autriche le méprisait un peu du haut de sa condition.

Lorsqu'il croisa le regard de Roderich, il lui adressa un sourire qui se voulait trop respectueux pour être l'un de ceux qu'il offrait ordinairement dans ce présent. Mais il fallait conclure cette mission dans les règles et pour cela, alors faire le rapporta la machine...

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MessageSujet: Re: [ Autriche & Croatie ] 1895 - Inauguration de l'Opéra National de Croatie

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